calu̯ŭs, -a, -um

(adjectif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique et formation du mot en latin

Dans l’adjectif calu-us « chauve », le radical latin synchronique calu- n’est pas analysable en éléments plus petits. Il demeure immotivé.

5.2. Réflexions métalinguistiques des auteurs latins

Calua F. comme épithète de Vénus dans l’épisode raconté par Lactance est mis en relation avec les cheveux (capilli) et surtout l’absence de cheveux et donc implicitement caluus. Dans un épisode de l’histoire romaine, les Romains avaient coupé et utilisé les cheveux des femmes pour faire des cordes1) :

  • Lact. Inst. 1,20,27:
    urbe a Gallis occupata obsessi in Capitolio Romani cum ex mulierum capillis tormenta fecissent, aedem Veneri Caluae consecrarunt.
    « Lorsque la ville fut occupée par les Gaulois, les Romains, assiégés sur le Capitole, fabriquèrent des cordes avec les cheveux de leurs femmes : voilà pourquoi ils consacrèrent un temple à la Vénus Chauve. »

5.3. « Famille » synchronique du terme

Dans cette « famille » de termes contenant le radical latin calu̯-, morphème lexical au sens de « chauve », le terme fondamental est l’adjectif calu̯ŭs. C’est donc lui qui sert de base de suffixation. Autour de l’adjectif calu̯us s’organise une « famille » de termes contenant le même morphème lexical calu̯- « chauve », avec parfois des transferts métaphoriques dans le domaine agricole pour des végétaux au sens de « clairsemé, peu garni ».

A) Les verbes dénominatifs dé-adjectivaux

Sur l’adjectif caluus « chauve » est fait le verbe d’état dénominatif calu-ē-re « être chauve » (Pline 11, 130) selon un procédé de dérivation usuel (cf. pour les adjectifs de couleur : albus, -a, um « blanc » → alb-ē-re « être blanc »). Sur le thème d’infectum de ce verbe d’état est formé, à l’aide du suffixe –sc-ĕ-re transformatif ou inchoatif, le verbe calu̯ē-sc-ĕ-re « devenir chauve » (Pline 10, 78) et, par métaphore agricole, « devenir clairsemé » (Columelle 4, 33, 3 ; Celse). Le verbe caluare « rendre caluus » a donné un participe parfait passif devenu un adjectif de sens résultatif : calu̯-ātus, -a, -um « devenu chauve », qui a pris, par une métaphore agricole, le sens de « devenu clairsemé, peu garni », comme on le voit dans Caton apudPline 17, 196 : uinea a uite caluata « vigne peu garnie de ceps ». Comme le verbe calu̯are « rendre calu̯ŭs, rendre chauve » avec une valeur causative n’est attesté que dans son participe parfait passif calu̯ā-tŭs, on peut voir aussi dans calu̯-ātŭs un dérivé de l’adjectif calu̯ŭs « chauve » à l’aide du suffixe -ātus, -a, -um adjectival de valeur résultative, qui est, à l’origine, une variante du morphème –tus, -a, -um (*-to-) de participe parfait passif. Cette variante est élargie en -ā- par l’avant à la suite d’une mécoupure sur des thèmes verbaux d’infectum en …ā-. Le suffixe -ātus, -a, -um sert à dénoter le résultat acquis d’un procès antérieur, qui est ici un état, dénoté par l’adjectif calu̯ŭs « chauve ».

B) Les noms abstraits dé-adjectivaux

Caluus « chauve » sert également de base de suffixation à des substantifs noms abstraits comme :

  • calu̯-ĭtĭēs (-eī F.) « fait d’être chauve, calvitie » (Pétrone 108, 1) avec le suffixe –ĭtĭēs (allomorphe de –ĭtĭa, -ae F.).
  • Sur l’adjectif calu̯us, on trouve aussi la variante suffixale calu̯-ĭtĭum, -i Nt. « calvitie » chez Cicéron (Tusc. 3, 62), terme employé par Columelle (4, 29, 11) avec un transfert métaphorique vers le domaine agricole au sens de « nudité, stérilité d’un lieu ».

C) Les cognomina

Certains adjectifs de défaut physique deviennent descognomina (cf. Plautus : cognomen issu d’un adjectif substantivé signifiant « qui a les pieds plats », etc.). On rencontre le cognomen d’homme Calu̯ŭs, -i M. (Catulle 14, 2).

Dans le cognomen Calua, -ae M. (Cic. Att. 15,3,1), caluus est suivi du morphème -a de masculin (cf. agricola).

L’anthroponyme Calu̯ēna, -ae M. comportant un suffixe -ēna est attribué à Matius, un ami de Cicéron (Att. 14,5,1).

Dans l’anthroponymie, on trouve également des termes suffixés en -īnus M. et -īna F. : Caluīnus (cognomen dans plusieurs familles romaines, attesté chez Cicéron, Brut. 130 ; Suétone) et Caluīna pour une femme (chez Juvénal).

D) Épithète de Vénus

Calua, -ae F. est également une épithète donnée à la déesse Vénus selon Lactance à la suite d’un épisode de l’histoire romaine où les Romains avaient utilisé les cheveux des femmes pour faire des cordes et consacré ensuite un temple à Vénus qualifiée de Venus calua littéralement « Vénus chauve » (Lact. Inst. 1,20,27 : voir supra § 4 et § 5.1.).

E) Un préfixé en re- : recaluus

L’adjectif caluus « chauve » peut être pourvu du préfixe re- dans recaluus, attesté chez Plaute, traduit généralement par « chauve par-devant » (Gaffiot) ou angl. « having receding hair, bald in front » (OLD). A. Ernout le traduit par « au front chauve » :

  • Pl. Rud. 317 :
    Ecquem /
    Recaluom ad Silanum senem, statutum, uentriosum,/
    Tortis superciliis, contracta fronte … ?

    « N’avez-vous pas vu un homme au front chauve, ressemblant au vieux Silène, de haute stature, avec un gros ventre, les sourcils en broussaille, le front tout ridé… ? » (traduction A. Ernout, Paris, CUF)

Le sens littéral est « chauve vers l’arrière », « chauve en direction de l’arrière » : la partie chauve recule par rapport à un repère qui est le visage, considéré (selon l’orientation habituelle cognitive du corps humain) comme l’avant de la personne. Le préfixe re- dénote le mouvement vers l’arrière de la personne2). Pour les valeurs de l’élément de relation re-, préverbe et préfixe, voir C. Moussy (2011, p. 171-188).

F) Les dénominations du crâne

Le substantif calua, -ae F. « crâne, boîte crânienne » peut avoir pour base l’adjectif caluus « chauve » comme une substantivation. Le substantif calu̯ārĭa « crâne » est un suffixé en -arius avec substantivation au féminin. Il a la même dénotation que calua, mais il appartient à la langue technique (cf. le terme caluaria).

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Caluus est associé d’une part avec des lexèmes dénotant la calvitie (caluities, caluitium ; caluere, caluescere) et d’autre part avec des lexèmes dénotant le crâne ou la boîte crânienne comme partie du corps (calu̯ārĭa ; calua, -ae F.). C’est la notion de ‘calvitie’ qui offre la fréquence la plus élevée et ce sont ces termes qui sont passés dans les langues romanes.

Caluus « chauve » se distingue de glăber (-bra, -brum) « glabre », « qui n’a pas de poil », qui a une signification plus générale s’appliquant à tous les poils du corps humain, et non seulement aux cheveux (Pl. Trin. 541 ; au comparatif : glabrior : Pl. Aul. 402).

Comme caluus « qui a les cheveux rasés », glaber peut dénoter l’absence de poil après intervention humaine au sens d’« épilé » (Sén. Ep. 47,7) ; on le trouve substantivé au masculin dans ce sens chez Catulle (61,142) pour « un homme épilé, un mignon ».

Glaber, comme caluus, fut appliqué par métaphore à des végétaux : Pline (HN 18,15) mentionne une espèce particulière d’hordeum « orge » dépourvue de barbe : hordeum glabrum« orge glabre ».


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1) Autre explication dans Serv. En. 1,720.
2) On trouve aussi des termes pourvu du préfixe re- et ayant trait à une calvitie au-dessus du front dans la Vulgate: recalvaster, -tri M. « un peu chauve par le devant » ; recaluatio, -onis F. « calvitie par-devant » ; cf. recaluities Rufin.