calu̯ŭs, -a, -um

(adjectif)



4. Description des emplois et de leur évolution

4.1. Exposé détaillé

4.1.1. Caluus « qui n’a pas de cheveux » pour les humains

Pour les êtres humains et notamment les hommes, caluus est employé au sens général de « qui n’a pas de cheveux, dépourvu de cheveux, sans cheveux », situation rencontrée dans deux cas : soit le personnage est « chauve » parce que ses cheveux sont tombés, soit le personnage n’a pas de cheveux parce qu’il a le crâne rasé. C’est donc l’absence de cheveux qui est dénotée par caluus, ce qui met en valeur le crâne lui-même, puisqu’il devient la seule chose visible. On comprend ainsi que sur l’adjectif caluus aient été formés des lexèmes dénotant non seulement la calvitie, le fait d’être chauve (caluities, caluitium, caluere, caluescere), mais aussi le crâne comme partie du corps considérée en elle-même (calua, caluaria.

A) Caluus « sans cheveux » : « chauve »

Le sens le mieux représenté de l’adjectif calu̯us, -a, -um est « chauve, qui n’a pas de cheveux, sans cheveux » comme adjectif de défaut physique1) pour l’être humain :

  • Lucil. 1211 M = 1272 W :
    Myconi calua omnis iuuentus
    « all the young men of Myconos are bald. » (traduction E. H. Warmington, collection Loeb)2)

La calvitie est considérée comme un défaut physique à éviter :

  • Varr. R. 1,37,2 :
    Ego istaec, inquit Agrasius, non solum in ouibus tondendis, sed in meo capillo a patre acceptum seruo ni crescenti luna tondens caluos fiam.
    « Pour ma part, dit Agrasius, ce que tu viens de dire, je l’observe, l’ayant appris de mon père, non seulement pour la tonte de mes moutons, mais aussi pour mes cheveux, afin d’éviter que, si je les coupais quand la lune croît, je ne devienne chauve. »

Les contemporains de César se moquaient de sa calvitie. Suétone, dans la Vie de César, raconte qu’un distique fut composé contre César et qu’il était répété par les soldats de César durant la campagne des Gaules :

  • Suét. Diuus Iulius 51 :
    Vrbani, seruate uxores : moechum caluom adducimus ; Aurum in Gallia effutuisti, hic sumpsisti mutuum.

    « Citadins, surveillez vos femmes : nous amenons un adultère chauve. Tu as forniqué en Gaule avec l’or emprunté à Rome. » (traduction H. Ailloud, Paris, CUF)

Comme point de repère de la calvitie totale, Apulée choisit un concombre :

  • Apul. Mét. 5,9,8 :
    At ego misera primum patre meo seniorem maritum sortita sum, dein cucurbita caluiorem, et quouis puero pusilliorem
    « Mais moi, malheureuse, le sort m’a donné un mari plus vieux que mon père, ensuite plus chauve qu’un concombre et plus petit que n’importe quel enfant. »

Substantivé, l’adjectif caluus peut signifier « un homme chauve ». Martial critique un personnage qui veut dissimuler sa calvitie en ramenant sur la partie médiane chauve de son crâne les cheveux qui poussent sur les côtés et il conclut :

  • Martial 10,83,11 :
    caluo turpius est nihil comato.
    « Nothing is more unsightly than a bald man covered with hair. » (traduction W. C. A. Ker, 1968, Collection Loeb)
    « Rien n’est plus honteux qu’un chauve pourvu de cheveux. »

Il est fréquent que des adjectifs de défaut physique deviennent des cognomina3). Caluus comme adjectif de défaut physique sert de cognomen pour plusieurs familles romaines et en particulier chez les Licinius (cf. Catul. 14,2 : pour Licinius Calvus, ami de Catulle). Avec un morphème -a de masculin, on a aussi le cognomen Calu̯a, -ae M. (Cic. Att. 15, 3, 1 ; Cic. Brut. 280 ; Hor. S. 1,10,19 ; Ov. ; Properce ; Quint.). Sur l’adjectif caluus ou bien sur ces deux cognomina sont bâtis les cognomina Calu̯īnus M. (Cic. Brut. 130 ; Suét.) et Calu̯īna F. (Juvénal) à l’aide du suffixe –īnus, -īna.

On trouve également Calua comme épithète de Vénus, dans une anecdote racontée par Lactance. À la suite d’un épisode de l’histoire romaine où les Romains avaient utilisé les cheveux des femmes, on consacra un temple à Vénus, qui fut alors qualifiée de Venus Calua (Lact. Inst. 1,20,27 : urbe a Gallis occupata obsessi in Capitolio Romani cum ex mulierum capillis tormenta fecissent, aedem Veneri Caluae consecrarunt.).

B) Caluus « sans cheveux » : « qui a la tête rasée » :

  • Pl. Am. 462 :
    ut ego hodie raso capite caluos capiam pilleum. (cf. §3).
  • Juv. 6,533 :
    grege linigero circumdatus et grege caluo.
    « entouré par une troupe d’hommes portant du lin et à la tête rasée. »4)

4.1.2. Significations métaphoriques

Par métaphore, l’adjectif a pu s’appliquer à d’autres réalités que le corps humain.

A) nux calua

La lexie nux calua dénote la noisette selon J. André (1985, p. 173), le sens littéral étant « la noix chauve » sans écale. Le terme est employé par Caton dans une liste de nuces, le substantif nux étant un terme générique pour toute une classe d’entités produites par des arbres et ayant une coquille : la noix, la noisette, l’amande, la châtaigne (Caton Agr. 8,2: nuces caluas, Abellanas, Praenestinas, Graecas).

Selon J. André (1985, p. 173), la noisette nux calua est aussi citée par Pline HN 15,90 sous le nom de nux galba « noix glabre » et la noisette est également appelée nux Abellana, nux Auellana littéralement « noix d’Abella », nux minor, nux Pontica, nux Praenestina (Cat. Agr. 8,2 ; 51).

La forme substantivée au féminin calua, -ae F. est attestée chez Pétrone. On devrait traduire par « noisette », mais on traduit par « noix » (ou « noix à la coquille lisse ») :

  • Pétrone 66,4 :
    Circa cicer et lupinum, caluae arbitratu et mala singula.
    « Tout autour des pois chiches et des lupins, des noix à discrétion, et une pomme pour chacun. » (traduction A. Ernout, Paris, 8e tirage corrigé, 1974, CUF).

B) « dénudé, dégarni » :

L’adjectif caluus est employé par Caton (Agr.) donnant un remède pour un terrain planté en vigne et qui se dégarnit, qui est « peu garni en ceps » :

  • Caton Agr. 33,3 : Si uinea a uite calua erit, sulcos interponito.

« Si une vigne se dégarnit, faites des tranchées dans les vides. » (traduction R. Goujard, Paris, 1975, CUF)

De là a pu exister le verbe dénominatif caluāre « rendre caluus », « dénuder », qui est attesté seulement dans le participe parfait passif (adjectivisé) caluātus, -a, -um « rendu chauve ». Selon Pline l’Ancien, le terme est employé par Caton Agr. dans le même contexte que caluus de l’exemple précédent pour une vigne :

  • Caton in Pline HN 17,196 :
    si uinea ab uite caluata erit.


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1) Pour le groupement des adjectifs de défaut physique en latin et leurs caractéristiques formelles, voir FRUYT 1986, p. 155-189.
2) Ce préjugé se retrouve dans Pline HN 11,130.
3) Cf. Plautus : cognomen issu d’un adjectif substantivé signifiant « qui a les pieds plats », etc. Voir les adjectifs de défaut physiques : FRUYT 1986, p. 155-189. Pour la formation des cognomina : KAJANTO 1965.
4) « …escorté de ses prêtres à la tunique de lin et au crâne tondu. » (traduction P. DE LABRIOLLE & F. VILLENEUVE, Paris, 12e tirage corrigé, 1983, CUF).