calu̯ārĭă, -ae (f.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique et formation du mot en latin

En synchronie on reconnaît à la finale du substantif calu̯ārĭa le suffixe technique adjectival -ārĭus, -a, -um substantivé au féminin.

Pour la base de suffixation, des associations synchroniques sont possibles avec l’adjectif caluus, -a, -um « chauve », le substantif calua, -ae F. « crâne, boîte crânienne » de même valeur dénotative que calu̯ārĭa, mais dépourvu de connotation technique (cf. § 5.4.).

5.2. Réflexions métalinguistiques des auteurs latins

Le substantif calu̯-ārĭa est associé à caluus « chauve » par Isidore de Séville (Isid. Or. 11,1,27 : caluaria ab ossibus caluis dicta, per defectionem : et neutraliter pronuntiatur.)1)

Mais calu̯-ārĭa dans le vocabulaire spécifiquement chrétien est le Caluariae locus, lieu du calvaire du Christ (cf. Eucher. Instr. 2 p. 152,18).

5.3. « Famille » synchronique du terme

Calu̯ārĭa, -ae F. est analysable en synchronie en calu̯-ārĭa avec le suffixe productif substantival et dé-adjectival -ārĭus.

Pour la base de suffixation, des associations synchroniques sont possibles avec :

  • le substantif calua, -ae F. « crâne, boîte crânienne » de même valeur dénotative que calu̯ārĭa, mais dépourvu de connotation technique (cf. § 5.4.) peut avoir pour base l’adjectif caluus « chauve ».
  • l’adjectif caluus, -a, -um « chauve »2) et les termes relevant de sa « famille » :
  • son suffixé, l’adjectif calu̯ātus, -a, -um « devenu chauve », employé par Caton (Agr.) pour la vigne selon Pline par transfert métaphorique à partir de l’être humain (Pline HN 17, 196).
  • le verbe d’état dénominatif caluēre « être chauve »,
  • sur lequel est bâti le verbe caluēscĕre « devenir chauve » (Pline) et par métaphore « devenir claisemé » (Celse).
  • les noms abstraits caluitiēs, -ei F. « calvitie » (Pétrone ; suffixe- itiēs doublet de -itia, -ae F.), caluitium, -i Nt. de même sens (Cic. ; suffixe -itium).
  • le cognomen Calua, -ae M. (Cic. Att. 15,3,1) associé à caluus « chauve » et calua « crâne ».
  • l’anthroponyme Calu̯-ēna, -ae M. attribué à un ami de Cicéron (Att. 14,5,1).
  • les anthroponymes Calu-īnus (surnom d’homme dans plusieurs familles romaines, attesté chez Cicéron, Suétone) et Calu-īna pour une femme (chez Juvénal).
  • Calua, -ae F. est également une épithète donnée à Vénus (Venus Calua « Vénus chauve ») selon Lactance à la suite d’un épisode de l’histoire romaine où les Romains, assiégés par les Gaulois, avaient utilisé les cheveux des femmes pour en faire des cordes3).

Le substantif calu̯-āre, -is Nt. (pluriel caluaria chez Ennius) dénote une sorte de poisson inconnu, probablement sans écailles (selon EM p. 88, s.u. calua « crâne ») : il est dépourvu de quelque chose qu’il devrait posséder, comme la plupart des poissons, entités appartenant à la même classe cognitive que lui. Le poisson prototypique a des écailles. Un poisson sans écailles est remarquable par l’absence d’écailles, de même qu’un crâne chauve d’homme est remarquable par l’absence de cheveux. Le trait saillant commun est l’absence d’une partie du corps normalement attendue.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Calu̯ārĭa a un synonyme, calua, -ae F. « crâne », qui n’est pas, lui, un terme de la langue technique, puisqu’il est employé chez Tite-Live dans un récit :

  • Liv. 23, 24, 12 :
    […] purgato inde capite, ut mos iis est, caluam auro caelauere, idque sacrum uas iis erat, quo sollemnibus libarent poculumque idem sacerdoti ac templis antisititibus.
    « […] puis après avoir nettoyé la tête, ils incrustèrent le crâne d’or. C’était pour eux un vase sacré qui servait à faire des libations les jours de fête, en même temps qu’une coupe pour le prêtre et le desservant du temple. » (traduction P. Jal, 2001, CUF)


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1) Calua, -ae F. est également en relation avec les cheveux comme épithète donnée à Vénus, selon Lactance, à la suite d’un épisode de l’histoire romaine où les Romains avaient utilisé les cheveux (capilli) des femmes pour en faire des cordes lorsqu’ils étaient assiégés par les Gaulois (Lact. Inst. 1,20,27). Pour cette appellation, voir le terme caluus « chauve ».
2) Voir l’adjectif caluus « chauve ».
3) Lact. Inst. 1,20,27 : urbe a Gallis occupata obsessi in Capitolio Romani cum ex mulierum capillis tormenta fecissent, aedem Veneri Caluae consecrarunt. Voir le terme caluus.