calu̯ārĭă, -ae (f.)

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

3.0.1. Première occurrence dans les textes ou inscriptions

Dans un fragment d’Ennius transmis par Apulée, le substantif calu̯ārĭa, inséré dans une liste de produits de la mer, semble désigner une sorte de poisson, et le terme est traduit par angl. flounder (au pluriel) dans l’édition Loeb. Pour EM (p. 88, s.u. calua « crâne »), le nom du poisson est caluāre, qui dénote un poisson sans écailles : aussi pour EM, la forme caluāria dans le passage suivant d’Ennius est-il le pluriel du substantif neutre caluāre ; il ne relève donc pas du même lexème que caluāria, -ae F. Mais E. de Saint-Denis (1947, p. 71-72) ne mentionne ni caluāria, ni caluāre dans son étude sur les animaux marins.

  • Enn. Frg. Var. 43 W :
    Polypus Corcyrae, caluaria pinguia, acarnae,
    Purpura, muriculi, mures, dulces quoque echini
    .
    « At Corcyra [men catch] the octopus, fat flounders, sea-perch, the purple and the little purple-fish, file-fish and sweet urchins too. » (trad. E.H. Warmington, collection Loeb)
    « A Corcyre, le poulpe, les gras caluariae, les acharnae, la pourpre, les petits murex, les rats de mer, et les doux oursins. »

Ces traductions françaises de noms d’animaux marins sont faites selon les indications de E. de Saint-Denis (1947, p. 71-72) : acharna (ou -e) / acarna dénote un poisson inconnu ; Pline l’Ancien distingue purpura « coquillage donnant la pourpre » comme terme spécifique et murex, terme plus général pour plusieurs espèces de mollusques dont les coquilles sont hérissées d’aspérités ; le terme employé ici au nominatif pl. muriculus est un diminutif de murex, analysable en muric-ulus ; le poisson appelé ici mus (au nominatif pl. mures) s’appelle aussi mus marinus, que l’on traduit par un calque morphologique fr. rat de mer puisque cette dénomination reprend celle de l’animal terrestre mus « rat, souris ».

Mais si l’on omet ce dernier passage, où le nom de poisson est plutôt caluāre, -is Nt. (pluriel caluāria1) ), la première occurrence de calu̯ārĭa, -ae F. est dans le sens de « crâne » et elle se trouve chez Cn. Gellius, un annaliste du 2ème s. av. J.C. :

  • Gel. Hist. Ann. Frg. 26, 155, 20 :
    caluariaeque eius ipsum ossum expurgarunt inauraueruntque.
    « ils ont retranché l’os même de son crâne et l’ont recouvert d’une couche d’or. » (trad. J.-F. Thomas)

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

Calu̯ārĭa, -ae est surtout un terme de la langue technique jusqu’au +2e siècle (au +1er s. : 11 occurrences chez Celse, 3 chez Pline, cf. 4.2.A). Cela est confirmé par sa formation avec le suffixe -ārĭus, qui est un suffixe technique. À partir des traductions latines de la Bible (Nouveau Testament), où calu̯ārĭa est employé pour traduire la locution grecque ϰϱανίου τόπος (lat. caluariae locus), qui désigne le Golgotha, calu̯ārĭa se répand dans les textes des auteurs chrétiens pour désigner cette réalité spécifiquement chrétienne (28 occurrences chez Augustin, 7 chez Jérôme, cf. 4.2.B). Hors de ces emplois, le mot est de très faible fréquence.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Période Nombre d’occurrences Fréquence relative (pour 1 000 000 mots)
IIIe - IIers. av. J.-C. 1 4
Iers. av. J.-C. 0 0
Iers. ap. J.-C. 16 6
IIes. ap. J.-C. 3 3
IIIes. ap. J.-C. 0 0
IVes. ap. J.-C. 12 2
Ves. ap. J.-C. 32 3
Total 64 3

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Calu̯ārĭa, -ae a 2 occurrences dans la prose d’Apulée, mais il n’était probablement pas usuel dans la langue parlée quotidienne. Calu̯ārĭa est principalement un terme technique d’anatomie (Celse : 11 occurrences, Scribonius Largus : 3 occurrences).

Il est ensuite intégré dans une locution toponymique, caluariae locus « le Golgotha », qui fonctionne comme un nom propre dans le vocabulaire chrétien spécifique. Cf. 3.0.2. et 4.2.B.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

1) Le terme n’est pas répertorié dans l’ouvrage de E. DE SAINT-DENIS 1947.