barba, -ae (f.)

(substantif)



7. Descendance du lexème

7.0. Résumé

Le substantif latin barba est largement passé en roman, tantôt avec le sens de « barbe », tantôt avec celui de « menton » (Cf. DÉRom, lien permanent : http://www.atilf.fr/DERom/ s. v.).

Le français se distingue en ce que fr. barbe est un emprunt savant, passé précocement dans la langue commune (Cf. DHLF s.v.), puisque le mot est attesté dès les plus anciens textes (Cf. DHLF s.v.).

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

Selon le M.-L. s.u., lat. barba « barbe » a donné plusieurs descendants par la voie phonétique dans les langues romanes : it., esp., port., prov. barba, fr. barbe, roum. barbă.

Par métonymie, dans plusieurs langues romanes, le mot a pris aussi la valeur sémantique de « menton » (roumain, provençal, espagnol, portugais et dans des dialectes italiens, comme le napolitain, le frioulan, etc.).

7.1.1. Phonétique et phonologie

Du point de vue phonétique, l’italien standard garde de manière attendue la structure phonétique du mot latin, tandis que certains dialectes italiens montrent des changements.

Dans les dialectes du sud de l’Italie, c’est la forme varva « barbe » qui est la plus diffusée, où l’on relève le passage du latin (-)b- à (-)v- (Rohlfs 1966 : §150).

L’innovation phonétique caractérisait aussi l’ancien dialecte de Rome, qui a été cependant influencé par le dialecte toscan à partir de la Renaissance et a perdu plusieurs de ses caractéristiques méridionales.

Sous l’influence de l’italien standard, certains dialectes montrent des changements : en napolitain, par exemple, le mot varva désignait au XIXe siècle la barbe ainsi que le menton, alors que, dans le dialecte contemporain, varva (le mot hérité) désigne seulement le menton (par restriction sémantique) et l’emprunt à l’italien bbarba (avec la double consonne à l’initiale, qui empêche le passage de b- à la consonne fricative v-) désigne la barbe.

L’affaiblissement de la consonne (-)b- peut donner aussi la fricative bilabiale [β] : c’est le cas des dialectes de la Basilicate, où l’on trouve le mot [‘βarәβa] « barbe ».

7.1.2. Sémantique

En italien, le mot it. barba désigne l’ensemble des poils qui couvrent le menton et les joues d’un homme et avec ce sens il est attesté avant l’année 1294 ; le mot désigne aussi par métonymie celui qui porte la barbe, et signifie donc « homme barbu » ou « vieil homme » (DELI, s.u.) ; c’est probablement de là que vient le substantif dérivé it. barbone « clochard ».

Le mot italien peut désigner aussi les racines des arbres, en particulier les racines secondaires par rapport à la racine principale : l’emploi remonte déjà à l’époque ancienne (voir Boccace, Les travaux d’amour I, 482). À partir de cette valeur, plusieurs locutions se sont formées : it. mettere le barbe « s’enraciner » (litt. « mettre ses racines »), it. tagliare alle barbe « couper aux racines ».

Par extension sémantique, it. barba a aussi la valeur de « oncle », probablement à cause de l’influence de la langue des Lombards, où le même mot polysémique signifiait à la fois « barbe » et « oncle » ; il pourrait donc s’agir d’un calque sémantique. Cette signification n’existe plus dans la langue italienne standard, mais elle est encore vivante dans les dialectes du nord de l’Italie (piémontais, milanais) et on la trouve aussi dans les textes anciens (voir par exemple Dante, Paradis XIX 137). Selon le [GDLI, s.u.] cette signification s’est développée à partir du langage enfantin pour dénoter les adultes. Un argument en faveur de cette hypothèse vient de certains dialectes du nord de l’Italie où le mot barba ne désigne pas l’oncle, mais le grand-père (en lombard) ou le prédicateur vaudois (piémontais), qui portait justement la barbe à la différence des prédicateurs catholiques [M.-L. s.u.].

It. barba se trouve aussi dans plusieurs expressions figées, la plupart de sens figuré : it. farsi la barba « se raser », it. avere la barba « en avoir marre » (cf. fr. la barbe ! exclamation prononcée par un locuteur fatigué et qui en a assez), it. farla in barba (à quelqu’un) « tromper (quelqu’un) ».

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

Il n’y a pas d’emprunt fait au latin par l’italien.

Le français se distingue des autres langues romanes en ce que fr. barbe est un emprunt savant, passé précocement dans la langue commune (Cf. DHLF s.v.), puisque le mot est attesté dès les plus anciens textes (Cf. DHLF s.v.).


Aller au §6 ou Retour au plan ou Aller au §8