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dictionnaire:barba6 [2015/07/10 14:05] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> barba, -ae (f.) 
 +</p></html> <html><center><big><big> (substantif)</big></big></center></html>
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 +====== 6. Histoire au cours de la latinité et étymologie ======
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 +===== 6.1. Histoire au cours de la latinité =====
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 +Voir ci-dessus le [[:dictionnaire:barba3| §3]].
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 +===== 6.2. Etymologie =====
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 +L’étymologie de //barba//, si elle est évidente depuis les débuts de la grammaire comparée, pose des problèmes de détail. Les correspondants de //barba// se trouvent en germanique et balto-slave. Les prototypes varient un peu selon les langues ((Cf. //NIL// p. 4-6.)) :
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 +- nom thématique //*b<sup>h</sup>ard<sup>h</sup>-o-// pour expliquer germ. //*barda-// (masculin ou neutre), v.-h.-a. //bart//, v.-angl. //beard,// v.-isl. //barð// ;
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 +- nom en //*-ā (< *-eh<sub>2</sub>-) *b<sup>h</sup>ard<sup>h</sup>- eh<sub>2</sub>-// pour lat. //barba//, v.-sl. //brada// ;
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 +-variante avec//s// inséré //*b<sup>h</sup>arsd<sup>h</sup>-eh<sub>2</sub>-// pour lit. //barzdà//, lett. //bā̀rda// (dialectal //bârzda, bârzde//).
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 +==== 6.2.1. Questions de phonétique latine ====
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 +En latin, //*b<sup>h</sup>-// initial aboutit normalement à une spirante sourde //f-//. En revanche, le traitement occlusif de //*-d<sup>h</sup>-// intérieur en //-b-// est normal. On attendrait donc lat. *//farba//. On admet que, dans ce mot, la séquence //-rb-// a provoqué une assimilation régressive à distance et causé la transformation en occlusive de l’initiale. Il n’y a pas d’autre exemple de cette évolution, plausible en elle-même. Pour le sabellique, dans lequel le mot n’est pas attesté, il faudrait partir de //*farfā//. 
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 +==== 6.2.2. Correspondants ====
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 +Ce nom de la « barbe » n’était peut-être pas isolé ((De Vaan s.v., en raison du vocalisme //a//, penche pour un emprunt fait à une langue non i.-e.)), et n’était pas forcément un immotivé en i.-e., car l’on peut peut-être le rapprocher de sk. //bhṛṣtí-// « pointe, extrémité » ((EWAia II p. 273 s.v.)), all. //Borste// « soie de sanglier, poil de balai » et all. //Bürste// « brosse », all. //barsch// « brusque, rude, rugueux (figuré) » et all. //Barsch// « perche » (poisson aux écailles rugueuses)((cf. Kluge-Seebold s.v. //Barsch, Bart, Borste, Bürste//)). 
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 +==== 6.2.3. Barba et lat. fastigare, fastigium ====
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 +S’il faut bien poser une base (racine ?) //*b<sup>h</sup>er-(s)-//, et sur la foi de sk. //bhṛṣtí//-, on est tenté de rapprocher //barba// de //fastīgō, -āre et fastigium// ((Cf. De Vaan s.v. On peut hésiter pour savoir lequel, du verbe ou du nom, a la priorité.)). Le verbe //fastīgō// pourrait s’analyser comme //*b<sup>h</sup>ṛsti-h<sub>2</sub>(e)g-.// Une séquence //*b<sup>h</sup>ṛsti-// aboutirait à //*farst(i)-//, qui se réduirait à //fast-// ((Cf. //tostus < *torsto-//.)). Cette hypothèse est défendue par De Vaan s.v., qui ne rapproche toutefois pas barba. 
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 +==== 6.2.4. Barba et lat. forare ====
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 +En revanche, Seebold rapproche le nom de la barbe des mots signifiant « pointe, extrémité, piquant » et n’hésite pas à ajouter aux formes nominales le verbe all. //bohren// « percer, forer », dont l’apparentement avec le verbe lat. //forāre// est admis depuis longtemps. Tout cela reste, évidemment, hypothétique, mais on retrouverait alors une forme de la base avec un //f// initial conservé.
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 +==== 6.2.5. En second terme de composé ====
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 +Un mot comme « barbe » se prêtait bien à former des composés possessifs, //bahuvrīhi//, de type ancien. 
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 +En latin, on ne trouve guère que //ahenobarbus// « à la barbe d’airain », c’est-à-dire « barberousse ». 
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 +En germanique, le plus connu des composés de ce genre signifie « pourvu d’une longue barbe » et apparaît dans l’ethnonyme latinisé //Langobardi// (« les Lombards »), ce qui rejoint l’interprétation synchronique d’Isidore de Séville (voir [[:dictionnaire:barba5|§5.2]]). Ce composé possessif apparaît aussi dans le v.-isl. //langbarðr//, qui est entre autres une épithète d’Odin ((Cf. R. Nedoma, « Der altisländische Odinsname Langbarðr : ʻLangbartʼ und die Langobarden », //Die Langobarden : Herrschaft und Identität//, W. Pohl et P. Erhart éd., Österreichische Akademie der Wissenschaften, Forschungen zur Geschichte des Mittelalters, 239, p. 439-444.)). 
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 +Ce composé, rare, est d’autant plus intéressant que, en scandinave, //barð// ne désigne plus du tout la barbe, mais le bord (d’un chapeau, d’un casque), le côté, le tranchant, le fil, la proue effilée d’un navire ((Cf. Cleasby et Vigfusson, //An Icelandic-English dictionary//, s.v.)).
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 +Le germanique a un dérivé v.-isl. //barða// (féminin en nasale), v.-h.-a. //parta, parte//, m.-h.-a. //barte// qui désigne une sorte de hache de combat, d’où //helmbarte// litt. « hache à poignée » ((cf. par ex. : R. Schützeichel, //Althochdeutsches Wörterbuch// 7e éd., Berlin, De Gruyter, 2012, M. Lexer, //Mittelhochdeutsches Taschenwörterbuch//, Leipzig, 1872-1878 et //Mittelhochdeutsches Wörterbuch on line//, http://www.mhdwb-online.de/index.html. Helm, variante de halm, halme, all. mod. Halm : « tige », cf. lat. calamus.)). Ce terme germanique est passé en français avec la même valeur référentielle sous la forme fr. //hallebarde//. 
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 +[[:dictionnaire:barba5|Aller au §5]]  ou [[:dictionnaire:barba|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:barba7|Aller au §7]]