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dictionnaire:barba5 [2015/07/10 13:59] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> barba, -ae (f.) 
 +</p></html> <html><center><big><big> (substantif)</big></big></center></html>
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 +====== 5. Place dans le lexique latin ======
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 +===== 5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin =====
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 +Le substantif //barba// en synchronie était immotivé et son thème //barb-// était inanalysable en unités plus petites.
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 +===== 5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques =====
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 +On trouve chez Isidore de Séville les deux interprétations suivantes dans lesquelles //barba// est impliqué. Cet auteur souligne que l’entité concerne les hommes et non les femmes :
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 +    * Isid. //Or.// 11,1,45 : \\  //barbam ueteres uocauerunt quod uirorum sit, non mulierum//.
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 +Et Isidore estime que l’ethnique //Langobardi// est fait sur le nom de la barbe parce que les ressortissants de ce peuple ont une barbe abondante et qui n’est jamais rasée :
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 +    * Isid. //Or//. 9,2,95 : \\  //Langobardos uulgo fertur nominatos prolixa barba et numquam tonsa.//
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 +Nous verrons plus loin (au [[:dictionnaire:barba6|§6.2]]) que le dernier élément de l’ethnique //Longobardi//  est également interprété par les linguistes modernes en diachronie comme un nom germanique de la barbe.
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 +Augustin explique l’anthroponyme //Barbātus// comme un adjectif possessif en //-tus, -a, -um (*-to-)// substantivé sur la base de suffixation du nom de la barbe, //barba//, ce qui est aussi l’interprétation diachronique usuelle et admise aujourd’hui :
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 +    * Aug. //De ciu//. 4,11, p. 161, 19 D : \\ //a barba Barbatum//.
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 +Cassiodore explique le terme //barbarus// « barbare » comme issu de barba « barbe » et //rūs// (gén. //rūris//) « campagne » parce que l’être humain désigné est sauvage, vit dans les champs comme les bêtes et non dans une ville : 
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 +    * Cassiod. //In psalm.// 113,11,28 A : \\ //barbarus a barba et rure dictus est, quod numquam in urbe uixerit, sed semper ut fera in agris habitasse noscatur//.
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 +===== 5.3. « Famille » synchronique du terme =====
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 +//Barba, -ae// au masculin sg. a servi de surnom romain pour un homme (Cic. //Att.// 13,52,1), à l’origine probablement comme cognomen individuel pour un homme barbu.
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 +Dans le diminutif //barbula, -ae// F. « petite barbe » (Cic. //Cael//. 33), le suffixe -//ulus, -a, -um// a valeur minorative. Il a valeur métaphorique lorsque //barbula, -ae// F. dénote le duvet de certaines plantes dans la phytonymie (Pline //HN// 27,98) et dans le substantif //barbulus, -i// M. « phagre », nom d’un poisson ayant des filaments sous la gueule qui ressemblent à une barbe (mot de glossaire).
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 +//Barba// a servi de base de suffixation à plusieurs suffixés. Il sert de base de suffixation à un adjectif possessif //barbātus, -a, -um// « barbu, qui a une barbe, pourvu d’une barbe » devenu un anthroponyme pour un surnom romain (Liv. 4,7,10 ; etc. ; et cf. [[:dictionnaire:barba5|§ 5.2.]] pour Augustin). Cet adjectif possessif est fait avec un suffixe adjectival dé-substantival productif en latin pendant toute lalatinité : //-tus,-a, -um//, issu de i.-e. //*-to-//.
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 +Sur ce terme //barbatus// est bâti le diminutif //barbatulus// « à la barbe naissante » (Cic. //Att.// 1,14,5), où le suffixe //-ulus// a une valeur minorative, la notion de petitesse ou de petite quantité s’appliquant ici à l’entité dénotée par la base de suffixation. 
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 +//Barbatulus, -i// M. a servi aussi à former un lexème dénotant un poisson possédant sous la gueule des filaments associés métaphoriquement à une barbe humaine : //mullus barbatulus// « le rouget-barbet » (Cic. //Par//. 38). Le suffixe //-ulus// dit « de diminutif » a alors sa valeur métaphorique (de ressemblance : « qui ressemble à une barbe »), usuelle dans les noms des entités naturelles (cf. 2e partie : « Langues techniques », sous-parties : « Poissons », « Oiseaux », « Plantes », etc.).
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 +//Barbātōria, -ae// F. « action de se faire la barbe pour la première fois » (Pétr. 73,6 : //barbatoriam facere//) est un dérivé à l’aide du suffixe technique //-tōrius, -a, -um// substantivé au féminin comme nom d’activité humaine (cf. les noms de métiers).
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 +//Barba// se retrouve en premier terme de composé dans un adjectif poétique formant un choriambe chez Lucrèce (6,970) dans //barbi-ger (-gera, -gerum//) « qui porte la barbe, barbu ».
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 +Le terme //barbitium, -i// Nt. « barbe » chez Apulée (M. 5,8 ; 11,8) doit être une création de cet auteur, à l’imitation de la formation en //-itium.// 
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 +===== 5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes =====
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 +//Barba// est le terme générique, et c’est le contexte qui précise l’état de la barbe, selon qu’elle est récente ou présente l’état de duvet (//lanugo//) : 
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 +    * Amm. 14, 11, 28 : \\ […] //flauo capillo et molli,** barba** licet recens emergente lanugine tenera, ita tamen ut maturius auctoritas emineret// […] \\ « […] il avait les cheveux blonds et souples, et, bien que sa **barbe** récente apparût comme un tendre __duvet__, il se manifestait cependant en lui une autorité prématurée […] » (traduction E. Galletier, 1968, CUF)
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 +    * Ambr. Ep. 6, 31, 13 : \\ […] //adulescentia usque ad **barbae** lanuginem, iuuentas ad perfectae uirtutis processum// […] \\ « […] l’état d’//adulescens// jusqu’au duvet de la **barbe**, celui de //iuuenis// jusqu’à l’établissement d’une //uirtus// achevée […] » (traduction J.-F. Thomas). 
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 +En dehors de cet emploi conjoint des deux termes, //barba// désigne la barbe bien constituée : 
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 +    * Pl. //Amph.// 445 :  \\ //malae, mentum, **barba**, collus, totus//[…] \\ « les mâchoires, le menton, la **barbe**, le cou, tout […] » (traduction J.-F. Thomas),
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 +et //lanugo// le duvet : 
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 +    * Pline l’Ancien //HN// 30, 132 : \\ //sic enim aut in totum tolluntur pili aut non excedunt lanuginem// […] \\ « En procédant ainsi, les poils sont entièrement détruits ou ils ne dépassent pas l’état de duvet […] » (traduction A. Ernout, 1963, CUF).
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 +Le duvet le plus tendre est parfois désigné par pluma :
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 +    * Hor. //Od//. 4, 10, 1-2 :  \\ //O crudelis adhuc et Veneris muneribus potens,  \\ insperata tuae cum ueniet pluma  superbiae// \\ « Ô toi, cruel jusqu’ici et qui te prévaux des dons de Vénus, quand, à l’improviste, le duvet viendra surprendre ton orgueil […] » (traduction Fr. Villeneuve, 2000, CUF).
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