barba, -ae (f.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Le substantif barba en synchronie était immotivé et son thème barb- était inanalysable en unités plus petites.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques

On trouve chez Isidore de Séville les deux interprétations suivantes dans lesquelles barba est impliqué. Cet auteur souligne que l’entité concerne les hommes et non les femmes :

  • Isid. Or. 11,1,45 :
    barbam ueteres uocauerunt quod uirorum sit, non mulierum.

Et Isidore estime que l’ethnique Langobardi est fait sur le nom de la barbe parce que les ressortissants de ce peuple ont une barbe abondante et qui n’est jamais rasée :

  • Isid. Or. 9,2,95 :
    Langobardos uulgo fertur nominatos prolixa barba et numquam tonsa.

Nous verrons plus loin (au §6.2) que le dernier élément de l’ethnique Longobardi est également interprété par les linguistes modernes en diachronie comme un nom germanique de la barbe.

Augustin explique l’anthroponyme Barbātus comme un adjectif possessif en -tus, -a, -um (*-to-) substantivé sur la base de suffixation du nom de la barbe, barba, ce qui est aussi l’interprétation diachronique usuelle et admise aujourd’hui :

  • Aug. De ciu. 4,11, p. 161, 19 D :
    a barba Barbatum.

Cassiodore explique le terme barbarus « barbare » comme issu de barba « barbe » et rūs (gén. rūris) « campagne » parce que l’être humain désigné est sauvage, vit dans les champs comme les bêtes et non dans une ville :

  • Cassiod. In psalm. 113,11,28 A :
    barbarus a barba et rure dictus est, quod numquam in urbe uixerit, sed semper ut fera in agris habitasse noscatur.

5.3. « Famille » synchronique du terme

Barba, -ae au masculin sg. a servi de surnom romain pour un homme (Cic. Att. 13,52,1), à l’origine probablement comme cognomen individuel pour un homme barbu.

Dans le diminutif barbula, -ae F. « petite barbe » (Cic. Cael. 33), le suffixe -ulus, -a, -um a valeur minorative. Il a valeur métaphorique lorsque barbula, -ae F. dénote le duvet de certaines plantes dans la phytonymie (Pline HN 27,98) et dans le substantif barbulus, -i M. « phagre », nom d’un poisson ayant des filaments sous la gueule qui ressemblent à une barbe (mot de glossaire).

Barba a servi de base de suffixation à plusieurs suffixés. Il sert de base de suffixation à un adjectif possessif barbātus, -a, -um « barbu, qui a une barbe, pourvu d’une barbe » devenu un anthroponyme pour un surnom romain (Liv. 4,7,10 ; etc. ; et cf. § 5.2. pour Augustin). Cet adjectif possessif est fait avec un suffixe adjectival dé-substantival productif en latin pendant toute lalatinité : -tus,-a, -um, issu de i.-e. *-to-.

Sur ce terme barbatus est bâti le diminutif barbatulus « à la barbe naissante » (Cic. Att. 1,14,5), où le suffixe -ulus a une valeur minorative, la notion de petitesse ou de petite quantité s’appliquant ici à l’entité dénotée par la base de suffixation.

Barbatulus, -i M. a servi aussi à former un lexème dénotant un poisson possédant sous la gueule des filaments associés métaphoriquement à une barbe humaine : mullus barbatulus « le rouget-barbet » (Cic. Par. 38). Le suffixe -ulus dit « de diminutif » a alors sa valeur métaphorique (de ressemblance : « qui ressemble à une barbe »), usuelle dans les noms des entités naturelles (cf. 2e partie : « Langues techniques », sous-parties : « Poissons », « Oiseaux », « Plantes », etc.).

Barbātōria, -ae F. « action de se faire la barbe pour la première fois » (Pétr. 73,6 : barbatoriam facere) est un dérivé à l’aide du suffixe technique -tōrius, -a, -um substantivé au féminin comme nom d’activité humaine (cf. les noms de métiers).

Barba se retrouve en premier terme de composé dans un adjectif poétique formant un choriambe chez Lucrèce (6,970) dans barbi-ger (-gera, -gerum) « qui porte la barbe, barbu ».

Le terme barbitium, -i Nt. « barbe » chez Apulée (M. 5,8 ; 11,8) doit être une création de cet auteur, à l’imitation de la formation en -itium.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Barba est le terme générique, et c’est le contexte qui précise l’état de la barbe, selon qu’elle est récente ou présente l’état de duvet (lanugo) :

  • Amm. 14, 11, 28 :
    […] flauo capillo et molli, barba licet recens emergente lanugine tenera, ita tamen ut maturius auctoritas emineret […]
    « […] il avait les cheveux blonds et souples, et, bien que sa barbe récente apparût comme un tendre duvet, il se manifestait cependant en lui une autorité prématurée […] » (traduction E. Galletier, 1968, CUF)
  • Ambr. Ep. 6, 31, 13 :
    […] adulescentia usque ad barbae lanuginem, iuuentas ad perfectae uirtutis processum […]
    « […] l’état d’adulescens jusqu’au duvet de la barbe, celui de iuuenis jusqu’à l’établissement d’une uirtus achevée […] » (traduction J.-F. Thomas).

En dehors de cet emploi conjoint des deux termes, barba désigne la barbe bien constituée :

  • Pl. Amph. 445 :
    malae, mentum, barba, collus, totus[…]
    « les mâchoires, le menton, la barbe, le cou, tout […] » (traduction J.-F. Thomas),

et lanugo le duvet :

  • Pline l’Ancien HN 30, 132 :
    sic enim aut in totum tolluntur pili aut non excedunt lanuginem […]
    « En procédant ainsi, les poils sont entièrement détruits ou ils ne dépassent pas l’état de duvet […] » (traduction A. Ernout, 1963, CUF).

Le duvet le plus tendre est parfois désigné par pluma :

  • Hor. Od. 4, 10, 1-2 :
    O crudelis adhuc et Veneris muneribus potens,
    insperata tuae cum ueniet pluma superbiae

    « Ô toi, cruel jusqu’ici et qui te prévaux des dons de Vénus, quand, à l’improviste, le duvet viendra surprendre ton orgueil […] » (traduction Fr. Villeneuve, 2000, CUF).


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