barba, -ae (f.)

(substantif)



4.2. Exposé détaillé

A. Ensemble des poils sur les joues et le menton

Barba s’applique à la barbe des hommes :

  • Pl. Amph. 445 :
    malae, mentum, barba, collus, totus […]
    « les mâchoires, le menton, la barbe, le cou, tout […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Gell. 9, 2, 1 :
    Ad Herodem Atticum […] adiit nobis praesentibus palliatus quispiam et crinitus barbaque prope ad pubem usque porrecta ac petit aes sibi dari eis artous.
    « Hérodes Atticus fut abordé en notre présence par un homme en manteau, aux cheveux longs, la barbe descendant jusqu’à l’aine, qui lui pria de lui donner une pièce de monnaie pour du pain. » (traduction R. Marache, 1978, CUF)

mais aussi à celle des animaux (boucs, chèvres) :

  • Pline l’Ancien HN 28, 198 :
    Adferunt et Magi sua commenta : primum omnium rabiem hircorum, si mulceatur barba, mitigari, eadem praecisa non abire eos in alienum gregem.
    « et là les Mages apportent encore leur duperie : prétendant tout d’abord qu’on calme la rage des boucs en leur caressant la barbe avec la préparation susdite et que, si on leur la coupe, ils ne s’en vont pas dans un autre troupeau. » (traduction A. Ernout, 1962, CUF)
  • Pline l’Ancien HN 12, 73 (à propos des chèvres) :
    […] carpere germinum caules praedulci liquore turgentes, destillantemque ab his casus mixtura succum inprobo barbarum uillo abstergere.
    « […] les chèvres broutent les tiges à bourgeons gonflées d’une liqueur très sucrée, essuient infatigablement avec le poil de leur barbe la sève qui en dégoutte et qui s’y trouve ainsi fortuitement mêlée. » (traduction A. Ernout, 1949, CUF)

et la barba d’un animal peut devenir l’image de celle d’un homme :

  • Pl. Pseud. 967 :
    Heus tu, qui cum hirquina barba astas, responde quod rogo
    « Hé ! toi qui es là debout, l’homme à la barbe de bouc, réponds à ma question. » (traduction A. Ernout, 1962, CUF).

Le terme barba se dit encore de la barbe d’êtres mythologiques :

  • Cic. N. D. 3, 83 :
    […] Aesculapii Epidauri barbam auream demi iussit
    « […] il ordonna que soit enlevée la barbe de l’Esculape d’Épidaure. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Ov. M. 1, 339-341 (à propos de Triton et d’Apollon) :
    Tunc quoque, ut ora dei madida rorantia barba
    contigit et cecinit iussos inflata receptus,
    omnibus audita est telluris et aequoris undis

    « Alors aussi, dès qu’elle eut touché la bouche du dieu, toute ruisselante de l’eau que distille sa barbe, et transmis par les sons éclatants l’ordre de la retraite, elle se fit entendre à toutes les eaux de la terre et de la mer. » (traduction G. Lafaye, 1957, CUF)

ou monstrueux :

  • Amm. 19, 12, 19 :
    […], infans ore gemino cum dentibus binis et barba, quattuorque oculis et breuissimilis duabus auriculis.
    « […] un enfant bicéphale avec une double dentition, une barbe, quatre yeux et deux oreilles minuscules. » (traduction G. Sabbah, 1970, CUF)

B. La variation singulier - pluriel

Isidore (Diff. 1, 76) considère que le singulier se dit de la barbe de l’homme et le pluriel de celle des animaux ou des plantes. Cette répartition n’est pas vérifiée dans les faits et il semble plutôt que le pluriel s’emploie dans le cadre d’une amplification :

  • Ps.-Sen. H.O. 1752-1753 :
    Tunc ora flammis implet : ast illi graues
    luxere barbae
    […]
    « Alors il couvrit son visage de flammes ; sa lourde barbe s’embrasa […] » (traduction F.-R. Chaumartin, 1999, CUF)
  • Petr. 99, 5 : Adhuc loquebatur, cum crepuit ostium impulsum, stetitque in limine barbis horrentibus nauta.
    « Il parlait encore quand la porte s’ouvrit sous une poussée bruyante et nous vîmes se dresser sur le seuil un matelot à barbe hirsute. » (traduction A. Ernout, 1950, CUF)
  • Apul. M. 4, 31, 6 :
    […]adsunt Nerei filiae chorum canentes et Portunus caerulis barbis hispidus.
    « Voici les filles de Nérée, chantant en chœur et Portunus, tout hirsute d’une barbe bleuâtre. » (traduction P. Vallette, 1946, CUF).

C. Emplois métaphoriques

Plusieurs traits saillants extralinguistiques caractéristiques de la barbe deviennent la base d’un transfert métaphorique. L’ensemble formé par les poils est ainsi la base de la dénotation, par la dénomination du duvet, d’une catégorie de noix :

  • Pline l’Ancien HN 15, 89, à propos des noix pontiques :
    Has quoque mollis protegit barba, sed putamini nucleisque solida rotunditas inest.
    « Une frange molle les protège en outre, mais la coquille et l’amende sont rondes et d’une seule pièce. » (traduction J. André, 1960, CUF).

La longueur qui est souvent celle de la barbe explique l’emploi du terme barba pour :

les pousses sur les arbres :

  • Pline l’A. 17, 202 (à propos des ornes) :
    Meridianum solem spectare palmae debent, rami a prorectu digitorum modo subrigi, tonsili in his tenuium quoque uirgultorum barba, ne obumbrent.
    « Les axes des branches doivent regarder le midi et les branches être, à partir de leur naissance, dressées comme des doigts ; les pousses herbacées sont rasées afin qu’elles ne donnent pas d’ombre. » (traduction J. André, 1964, CUF)

les tentacules de poulpe :

  • Pline l’A. 9, 93 :
    Ostendere Lucullo caput eius, dolii magnitudine, amphorarum XV capax, atque, ut ipsius Trebi uerbis utar, barbas, quas uix utroque bracchio complecti esset, clauarum modo torosas […]
    « […] on présenta sa tête à Lucullus : elle avait la grosseur d’un tonneau de quinze amphores et, pour emprunter les termes de Trébius lui-même, ses tentacules, qu’un homme aurait à peine entourer de ses deux bras, étaient noueux comme des massues […]» (traduction Eu. de Saint-Denis, 1955, CUF)

la queue d’une comète :

  • Manil. 1, 839 :
    globus ardentis sequitur sub imagine barbae.
    « les rayons s’étendent sous la forme d’une barbe enflammée. » (traduction J.-F. Thomas)

D. Emploi métaphorique et métonymique

Barba entre dans la dénomination d’une plante comme constituant de lexème pour le phytonyme Iouis barba, terme qui signifie littéralement « barbe de Jupiter » et qui dénote la joubarbe :

  • Pline l’Ancien HN 16, 76 :
    Aquam odit et quae appellatur Iouis barba in opere topiario tonsilis et in rotunditatem spissa, argenteo folio.
    « L’eau n’est pas aimée non plus de la plante appelée ‘barbe de Jupiter’, qui se taille dans la décoration des jardins ; elle est touffue, en boule et sa feuille est argentée. » (traduction J. André, 1962, CUF).

Cette dénomination est à la fois métaphorique, puisqu’il s’agit d’une plante grasse à feuilles accolées, et métonymique par rattachement à une divinité1). L’ancien syntagme lexicalisé en un lexème unique lat. Iouis barba « joubarbe » a donné en français, par la voie phonétique, fr. joubarbe avec conservation de la valeur référentielle du terme latin.

E. Idées associées et emplois proverbiaux

Barba évoque l’âge d’homme et le courage :

  • Tac. Germ. 31, 1 :
    […] ut primum adoleuerint, crinem barbamque submittere, nec nisi hoste caeso exuere uotiuum obligatumque uirtuti oris habitum.
    « […] dès qu’ils sont parvenus à l’âge d’homme, ils laissent pousser cheveux et barbe, et c’est seulement après avoir tué un ennemi qu’ils déposent un aspect pris par vœu et consacré à la vertu. » (traduction J. Perret, 1983, CUF)

l’âge respectable et le sérieux, par exemple celui des philosophes :

  • Quint. 11, 1, 34 :
    Non enim solum illa laetiora, qualia a Cicerone dicuntur ‘Saxa atque solitudines uoci respondent’, sed etiam illa […] non conueniant barbae illi atque tristitiae […]
    « En effet ces tours un peu brillants, employés par Cicéron ‘les rochers et les déserts répondaient à sa voix’ ne conviendraient pas à la barbe et à l’air sévère des philosophes. » (traduction J. Cousin, 1979, CUF),

et il en est de même chez les auteurs chrétiens :

Aug. En. In Psalm. 33, 1, 11 :
[…] uirtus enim in barba intelligitur […]
« […] la vertu se mesure dans la barbe […]. » (traduction J.-F. Thomas).

Cette représentation fait parfois l’objet d’un certain humour :

  • Hor. Pis. 297-299 :
    […] bona par non unguis ponere curat,
    non barbam, secreta petit loca, balnea uitat ;
    nanciscetur enim pretium nomenque poetae
    .
    « […] bon nombre d’auteurs laissent croître sans soin leurs ongles et leurs barbes, cherchent des endroits retirés, évitent les bois ; sûr moyen d’acquérir le titre de poète. » (traduction Fr. Villeneuve, 1953, CUF).

Chez les auteurs chrétiens le soin excessif apporté à la barbe est un artifice, que condamne par exemple Tertullien :

  • Tert. Cult. 2, 8, 1 :
    […] barbam acrius caedere […], totius corporis lanuginem pigmento quoque muliebri distringere […]
    « […] tailler sa barbe avec grand soin, user de dépilatoire comme les femmes pour faire disparaître toutes les villosités du corps […] » (traduction M. Turcan, 1971, Sources Chrétiennes).

Le terme peut en outre porter l’information au moins autant sur le référent que sur l’idée associée, et l’expression où il entre fonctionne comme un proverbe énonçant une vérité générale. La barbe étant l’image de la puissance, avoir une barbe d’or, c’est afficher une prééminence qui en impose :

  • Petr. 58, 6 :
    […] aut non deridebis, licet barbam auream habeas.
    « […] ou bien tu cesseras de rigoler, même si tu as une barbe en or. » (traduction J.-F. Thomas).

La barbe faisant partie du stéréotype du philosophe, avoir une barbe de philosophe, c’est faire preuve de sagesse :

  • Hor. S. 2, 3, 34-36 :
    […] tempore quo me
    solatus iussit sapientem pascere barbam
    atque a Fabricio non tristem ponte reuerti
    .
    « […] au temps où, m’ayant réconforté, il m’a recommandé de nourrir une barbe philosophique et de m’en retourner sans tristesse du pont Fabricius. » (traduction Fr. Villeneuve, 1995, CUF).

Arracher sa barbe à un lion mort revient à réveiller une puissance endormie, en l’occurrence une passion :

  • Mart. 10, 90, 9-10 :
    Quare si pudor est, Ligeia, noli
    barbam uellere mortuo leoni.

    « Si donc tu as quelque pudeur, Ligéia, n’arrache pas sa barbe au lion mort. » (traduction H. J Izaac, 1973, CUF).


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1) Voir M. FRUYT (1993, 162).