barba, -ae (f.)

(substantif)



4.1. Résumé

A. Ensemble des poils sur les joues et le menton

Barba dans cet emploi est appliqué aux hommes, mais aussi aux animaux, aux êtres mythologiques :

  • Pl. Amph. 445 :
    malae, mentum, barba, collus, totus […]
    « les mâchoires, le menton, la barbe, le cou, tout […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Pline l’Ancien HN 28, 198 :
    Adferunt et Magi sua commenta : primum omnium rabiem hircorum, si mulceatur barba, mitigari, eadem praecisa non abire eos in alienum gregem.
    « Et là les Mages apportent encore leur duperie : prétendant tout d’abord qu’on calme la rage des boucs en leur caressant la barbe avec la préparation susdite et que, si on leur la coupe, ils ne s’en vont pas dans un autre troupeau. » (traduction A. Ernout, 1962, CUF)
  • Ov. M. 1, 339-341 (à propos de Triton et d’Apollon :
    Tunc quoque, ut ora dei madida rorantia barba
    contigit et cecinit iussos inflata receptus,
    omnibus audita est telluris et aequoris undis
    .
    « Alors aussi, dès qu’elle eut touché la bouche du dieu, toute ruisselante de l’eau que distille sa barbe, et transmis par les sons éclatants l’ordre de la retraite, elle se fit entendre à toutes les eaux de la terre et de la mer. » (traduction G. Lafaye, 1957, CUF)
  • Amm. 19, 12, 19 :
    […]infans ore gemino cum dentibus binis et barba, quattuorque oculis et breuissimilis duabus auriculis.
    « […] un enfant bicéphale avec une double dentition, une barbe, quatre yeux et deux oreilles minuscules. » (traduction G. Sabbah, 1970, CUF)

B. La variation singulier - pluriel

Emploi du pluriel pour une amplification :

  • Ps.-Sen. H.O. 1752-1753 :
    Tunc ora flammis implet : ast illi graues
    luxere barbae […]

    « Alors il couvrit son visage de flammes ; sa lourde barbe s’embrasa […] » (traduction F.-R. Chaumartin, 1999, CUF)
  • Apul. M. 4, 31, 6 :
    […] adsunt nerei filiae chorum canentes et Portunus caerulis barbis hispidus.

    « Voici les filles de Nérée, chantant en chœur et Portunus, tout hirsute d’une barbe bleuâtre. » (traduction P. Vallette, 1946, CUF).

C. Emplois métaphoriques

Barba s’applique par transfert métaphorique au duvet d’une catégorie de noix :

  • Pline l’Ancien HN 15, 89, à propos des noix pontiques :
    Has quoque mollis protegit barba, sed putamini nucleisque solida rotunditas inest.
    « Une frange molle les protège en outre, mais la coquille et l’amende sont rondes et d’une seule pièce. » (traduction J. André, 1960, CUF)

à des pousses sur les arbres :

  • Pline l’Ancien HN 17, 202, à propos des ornes :
    Meridianum solem spectare palmae debent, rami a prorectu digitorum modo subrigi, tonsili in his tenuium quoque uirgultorum barba, ne obumbrent.
    « Les axes des branches doivent regarder le midi et les branches être, à partir de leur naissance, dressées comme des doigts ; les pousses herbacées sont rasées afin qu’elles ne donnent pas d’ombre. » (traduction J. André, 1954, CUF)

aux tentacules des poulpes :

  • Pline l’Ancien HN 9, 93 :
    Ostendere […] Lucullo caput eius, dolis magnitudine, amphorarum XV capax, atque, ut ipsius Trebi uerbis utar, barbas, quas uix utroque bracchio complecti esset, clauarum modo torosas […]
    « […] on présenta sa tête à Lucullus : elle avait la grosseur d’un tonneau de quinze amphores et, pour emprunter les termes de Trébius lui-même, ses tentacules, qu’un homme aurait à peine entourés de ses deux bras, étaient noueux comme des massues […] » (traduction Eu. de Saint-Denis, 1955, CUF)

à la queue d’une comète :

  • Manil. 1, 839 :
    globus ardentis sequitur sub imagine barbae.
    « les rayons s’étendent sous la forme d’une barbe enflammée. » (traduction J.-F. Thomas)

D. Emploi métaphorique et métonymique

Barba entre comme constituant de lexème dans le nom de plante Iouis barba (littéralement « barbe de Jupiter ») :

  • Pline l’Ancien HN 16, 76 :
    Aquam odit et quae appellatur Iouis barba, in opere topiario tonsilis et in rotunditatem spissa, argenteo folio.
    « L’eau n’est pas aimée non plus de la plante appelée ‘barbe de Jupiter’, qui se taille dans la décoration des jardins ; elle est touffue, en boule et sa feuille est argentée. » (traduction J. André, 1962, CUF)

L’emploi du mot a une nature à la fois métaphorique, puisque c’est une plante grasse à piquants accolés, et métonymique par rattachement à une divinité1). L’ancien syntagme lexicalisé dans la phytonymie en un lexème unique Iouis barba est à l’origine du nom de plante en français joubarbe.

E. Idées associées et emplois proverbiaux

À partir des idées associées à la barbe (l’âge d’homme, la sagesse, la puissance), le terme entre dans des expressions imagées ou proverbiales. Avoir une barbe d’or, c’est afficher une prééminence qui en impose :

  • Petr. 58, 6 :
    […] aut non deridebis, licet barbam auream habeas.
    « […] ou bien tu cesseras de rigoler, même si tu as une barbe en or. » (traduction J.-F. Thomas).

Avoir une barbe de philosophe, c’est faire preuve de sagesse :

  • Hor. S. 2, 3, 34-36 :
    […] tempore quo me
    solatus iussit sapientem pascere barbam
    atque a Fabricio non tristem ponte reuerti
    .
    « […] au temps où, m’ayant réconforté, il m’a recommandé de nourrir une barbe philosophique et de m’en retourner sans tristesse du pont Fabricius. » (traduction Fr. Villeneuve, 1995, CUF).

Arracher sa barbe à un lion mort revient à réveiller une puissance endormie, en l’occurrence une passion :

  • Mart. 10, 90, 9-10 :
    Quare si pudor est, Ligeia, noli
    barbam uellere mortuo leoni
    .
    « Si donc tu as quelque pudeur, Ligéia, n’arrache pas sa barbe au lion mort. » (traduction H.-J. Izaac, 1973, CUF).


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1) Voir M. FRUYT (1993, 162).