barba, -ae (f.)

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

3.0.1. Première occurrence dans les textes ou inscriptions

  • Pl. Amph. 445 :
    Malae, mentum, barba, collus : totus […]
    « Les mâchoires, le menton, la barbe, le cou, tout […] » (traduction J.-F. Thomas)

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

Barba est attesté durant toute la latinité, avec une fréquence moyenne.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Période Nombre d’occurrences Fréquence relative (pour 1 000 000 mots)
IIIe s. - IIe av. J.-C. 5 19
Iers. av. J.-C. 35 19
Iers. ap. J.-C. 102 38
IIes. ap. J.-C. 52 47
IIIes. ap. J.-C. 9 11
IVes. ap. J.-C. 67 11
Ves. ap. J.-C. 162 14

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Barba est un mot courant en prose comme en poésie dans les textes latins et il devait appartenir à la langue parlée usuelle quotidienne, où il devait être incontournable. Il acquiert un sens technique dans la prose didactique, par emploi métaphorique, chez Pline l’Ancien (dans la description de certains phénomènes naturels), ou Manilius (dans le vocabulaire astronomique), cf. § 4.2.C..

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

La plus forte fréquence aux premier et second siècles après J.-Ch. tient notamment à l’emploi du terme chez les auteurs de satires (16 occurrences chez Martial, 10 chez Juvénal, 3 chez Perse) et dans la poésie sensuelle d’Ovide (20 occurrences), comme élément pittoresque de caractérisation physique et morale.

Par ailleurs, en dépit d’une fréquence relative faible, le lexème est l’objet d’emplois nombreux dans la littérature patristique, du fait du caractère majoritairement para-biblique de celle-ci, dans l’expression de considérations liées à l’ascétisme et à la Loi juive, où le contrôle de la pilosité fait l’objet de prescriptions rituelles. Ainsi dans le Lévitique :

  • Vulg., Lev. 19, 27 :
    Neque in rotundum adtondebitis comam nec radatis barbam.
    « Ne taillez pas en rond le bord de votre chevelure, ne supprimez pas votre barbe sur les côtés » (texte de la TOB).

Ce type de prescription (cf. aussi Lev. 21, 5) et la pratique des premiers moines d’Orient viennent, en milieu chrétien latin, constituer les soins capillaires en préoccupation morale :

  • Aug. Serm. 243 :
    Barbae quis usus, nisi sola est pulchritudo ? Speciem uideo, usum non quaero.
    « Quel est l’usage de la barbe, si ce n’est sa seule beauté ? J’en vois bien l’attrait, mais je n’en vois pas l’usage. »
  • Hier. Comm. In Ezechielem ΙΙ, 5 :
    […] in caesarie et barba pulchritudinis ac uirilitatis indicium est quae si radantur foeda nuditas apparescit
    […].
    « La chevelure et la barbe leur sont un signe de beauté et de virilité, tel que si on les rase, se révèle une horrible nudité ».

On voit comment, aux idées associées traditionnelles, liées à l’âge, l’expérience ou la virilité (cf. § 4.2.E..), s’ajoutent des conceptions morales antithétiques, qui opposent l’humilité à l’orgueil, la nudité à l’artifice, selon des modalités d’ailleurs paradoxales. La barbe est accusée de déroger à l’utilitas dans le sermon d’Augustin, et son port d’être donc un signe de vanité. Jérôme, de son côté, note que chez les Juifs, elle est un signe de vertu et d’appartenance au peuple élu. Ces symbolismes ne sont, toutefois, pas fixes, et les auteurs semblent y recourir en fonction de l’opportunité argumentative ; dans tous les cas, le soin de la barbe est compris comme un signe social marquant une attitude quelconque face à la loi morale commune.

Au-delà de cette annexion générale de la question de la pilosité par l’idéologie ascétique, l’emploi de barba qui suscite le plus grand volume de commentaires (86 occurrences de barba sur 229 aux IVe et Ve siècles apr. J.-Ch.) se trouve dans le Psaume 132, qui évoque la barbe d’Aaron, premier grand prêtre de la Loi juive :

  • Vulg., Ps. 132 :
    Ecce quam bonum et quam iucundum habitare fratres in unum, sicut unguentum in capite quod descendit in barbam, barbam Aaron, quod descendit in ora uestimenti eius, sicut ros Hermon qui descendit in montes Sion, quoniam mandauit Dominus benedictionem et uitam usque in saeculum.
    « Oh ! Quel plaisir, quel bonheur de se retrouver entre frères ! C’est comme l’huile qui parfume la tête, et descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, qui descend sur le col de son vêtement. C’est comme la rosée de l’Hermon qui descend sur les montagnes de Sion. Là le Seigneur a décidé de bénir : c’est la vie pour toujours ! » (TOB)

Cette image, citée par la plupart des auteurs chrétiens, semble être devenue un cliché de l’exégèse allégorico-typologique : la barbe d’Aaron, vue comme un insigne de la prêtrise (Ambr. Valent. VII:‘barba Aaron’, hoc est barba sacerdotalis), et sur laquelle ruisselle l’huile sainte, fut interprétée allégoriquement comme une figure de la délégation de la parole sacrée, de sa transmission et de la légitimité du récipiendaire, tout en préfigurant, selon une lecture typologique, l’onction du Christ. Augustin offre un exemple qui synthétise ce foisonnement interprétatif :

  • Aug., Psalm. 132 :
    Aaron quid erat ? sacerdos. […] Quis est iste sacerdos, nisi qui fuit et uictima et sacerdos ?[…] In capite ipsius unguentum, quia totus christus cum ecclesia: sed a capite uenit unguentum. Caput nostrum christus est ; crucifixum et sepultum, resuscitatum adscendit in caelum ; et uenit spiritus sanctus a capite. Quo ? ad barbam. Barba significat fortes ; barba significat iuuenes, strenuos, impigros, alacres. […] ergo illud primum unguentum descendit in apostolos, […]: descendit ergo in illos spiritus sanctus.
    « Qu’était-ce que Aaron ? Le grand prêtre. […] Quel est ce prêtre, sinon celui qui a été victime et prêtre ? Sur sa tête est le parfum, parce que le Christ tout entier comprend l’Église. Mais c’est de la tête que descend le parfum. Notre tête, c’est le Christ crucifié et enseveli, et qui est ressuscité pour monter au ciel. Telle est la tête qui a envoyé l’Esprit-Saint ; où ? Sur sa barbe. Car la barbe est le symbole de la force, elle est le propre d’une jeunesse vigoureuse, alerte et robuste. […] Ce fut donc sur les Apôtres que ce parfum descendit tout d’abord […] ; ce fut sur eux que descendit l’Esprit-Saint ». (Trad. M. Morisot)


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