auscultāre

(verbe)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

La longueur du signifiant d’auscultare et son appartenance au latin parlé ont favorisé sa continuation dans les langues romanes (Cf. DÉRom, lien permanent : http://www.atilf.fr/DERom/ s. v.) : it. ascoltare, roum. asculta, fr. écouter, prov. escoutar, occ. et cat. escoltar, esp. escuchar, ptg. escutar, etc. < lat. ascultare 1).

À basse époque, d’après le témoignage du grammairien Caper (GLK VII 108, 6), auscultare a évolué par dissimilation vers ascultare, qui sera le point de départ des résultats romans. La conservation de la diphtongue [aw] dans les dialectes italiens s’étend au sud de l’Italie jusqu’au Nord de la Campanie et même dans les Abruzzes, mais elle n’atteint pas l’Ombrie2). La réduction de la diphtongue [aw] > [a] a donné lieu à la graphie inverse abscultare, comme si le verbe était doué d’un préverbe ; et abs-, peut-être sous l’influence de ex-, a abouti en roman à es- (cf. abscondere > a. fr., prov. escondre, cat. escondir, esp. esconder). Malgré la résistance des formes résiduelles en as-, celles en es- se sont imposées en français et dans les langues du sud, jusqu’au portugais3).

Des sons palataux ou palatalisés, qui remontent au groupe [kult], se manifestent dans ptg. escuita > escuta, fr. écouter, esp.escuchar. Mais la consonne [l] est demeurée latérale dans it. ascoltare et roum. asculta 4).

7.1.2. Sémantique

Lat. auscultare, comme terme exprimant l’« attention auditive », occupe la position ‘non résultative’ par rapport à audire, qui exprime la « perception effective ». Or, au cours de la latinité, auscultare ne cesse de progresser vers cette dernière valeur, jusqu’à régir des compléments faisant référence non seulement à la source d’émission (auscultare aliquem qui dicit), mais aussi au message lui-même (auscultare quod dicit). Ce déplacement s’accélère dans les langues romanes, spécialement en français, à cause de la disparition de ouïr, dont la faible expression, sujette à des homonymies, demandait le remplacement5). Son substitut principal fut entendre ; cependant, écouter, suivant l’ancienne tendance d’auscultare, a gagné beaucoup de terrain et a contribué à l’expulsion définitive d’ouïr.

La faiblesse des descendants d’audire se trouve dans d’autres langues ; ainsi, le cat. oir a été remplacé par escoltar et sentir 6). En espagnol on peut encore observer la progression constante de escuchar au détriment de oír, qui devient inévitablement un archaïsme. La situation s’est aggravée sous l’influence des médias, de sorte que le verbe admet des objets qui ne supposent pas l’« attention » préalable (esp. de repente escucharon una explosión) et il se construit avec des phrases substantives, caractéristiques de la « perception effective » (esp. escuchó decir, escuchó que dijeron).

Toutefois, les données du REW (§ 802) sont suffisantes pour observer deux évolutions à rebours. La première correspond au français médiéval, où écouter conservait le signifié « attendre » (all. « warten »), qui n’indique pas exactement une attention auditive. Ce n’est pas une surprise, si l’on tient compte de l’analogie aspectuelle entre auscultare et exspectare « attendre » (cf. § 5.4.3 ). Plus surprenant est le signifié de la forme dialectale du ladin escuté « se taire » (all. « schweigen »)7). D’après ce qu’on a expliqué (cf. 5.4.2.1), l’action de tacere constitue une condition préalable pour la bonne réalisation de l’action de auscultare ; pour autant, le glissement d’« écouter » à « se taire » dans la forme mentionnée suppose une évolution en arrière, probablement en remontant la séquence impérative taceausculta:

  • Pl. Cas. 204 :
    Tace sis, stulta, et mi ausculta .
    « Tais-toi, sotte, et écoute mon conseil » (traduction A. Ernout, 1933, CUF).

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

La langue de la médecine a emprunté la forme savante ausculter (« écouter directement ou avec un appareil les bruits des organes corporels ») ; d’où les dérivés auscultation (« action d’ausculter ») et auscultateur (« appareil à ultrasons pour ausculter »). Esp. auscultar, auscultación ; it. auscultare, auscultazione etc.8) Ce sont des vocables usuels depuis le début du XIXe siècle.



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1) REW (1972, § 802).
3) FEW , s. u. auscultare ; DECLC, s. u. escoltar ; DCECH, s. u. escuchar ; DELP, s. u. escutar ; DEI, s. u. ascoltare.
5) GILLIÉRON (1919, 63-79).
6) DECLC , s. u. oir.
7) Cf. aussi FEW, s. u. auscultare (185) : « Vienne, Charente : s’ẹkuta ‘se taire’, centr. s’acouter».
8) DELI, s. u. auscultare.