auscultāre

(verbe)



3. Distribution dans les textes

3.0. Généralités

3.0.1. Première occurrence dans les textes ou inscriptions

Le verbe est attesté dès les plus anciennes pièces de Plaute, datées de la fin du IIIesiècle av. J.-C., par exemple le Miles gloriosus (écrit aux alentours de 205 av. J.-C.) :

  • Pl. Mil. 79-80 :
    Mihi ad enarrandum hoc argumentumst comitas,
    Si ad auscultandum uostra erit benignitas.
    « J’aurai l’obligeance d’expliquer le sujet de cette pièce, si vous avez la complaisance de vouloir bien m’écouter. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

3.1. Distribution diachronique

Auscultare est un verbe attesté surtout dans les périodes archaïque, archaïsante et tardive. Seuls cinq auteurs appartenant à ces périodes surpassent la dizaine d’emplois : Plaute, Térence, Apulée, Augustin et Jérôme. À lui seul, Plaute a presque autant d’attestations que les quatre autres réunis. En revanche, auscultare est presque absent de la prose et de la poésie classiques :

Période Nombre d’occurrences
IIIes. av. J.-C. 10
IIes. av. J.-C. 55
Iers. av. J.-C. 8
Iers. ap. J.-C. 4
IIes. ap. J.-C. 18
IIIes. ap. J.-C. 2
IVes. ap. J.-C. 51
Ves. ap. J.-C. 87

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

C’est au niveau diastratique de la langue qu’auscultare trouve sa véritable caractérisation. C’est un verbe de bas niveau de langue, un mot un peu long, issu de l’agglutination d’un substantif et d’un verbe. Il est très apprécié dans les textes comiques, mais il ne peut guère pénétrer dans les œuvres de style plus élevé de la langue classique, où audire, l’archilexème du champ sémantique, domine largement. À l’exception des pièces de Plaute et de Térence, auscultare est nettement plus fréquent en prose qu’en poésie et est attesté chez les auteurs et dans les ouvrages considérés comme sources du latin « vulgaire »1),sauf Pétrone et Egérie.

3.3. Distribution diatopique

Pendant l’époque ancienne, il est difficile de déterminer l’existence de variations diatopiques qui pourraient être considérées comme les premiers indices de la diversification phonétique et phonologique du mot dans les langues romanes.

Les aboutissements romans de ce verbe montrent qu’il fut présent de manière continue dans toutes les régions de la Romania : du latin au roman, il demeura vivant et ne cessa de gagner du terrain sur audire. Ainsi, certains descendants de ce verbe de bas niveau de langue, par exemple fr. écouter et cat. escoltar, se sont si bien implantés qu’ils occupent en bonne partie les places respectives de fr. ouïr et cat. oir. L’esp. escuchar, sous l’influence du français et du catalan, par l’intermédiaire des médias de grande diffusion, tout en continuant à exprimer l’attention auditive, est en train de supplanter esp. oír dans le domaine de la perception auditive, si bien que ce dernier semble être destiné à disparaître.

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

Auscultare est bien représenté chez Plaute et Térence et connaît également quelques attestations chez d’autres poètes dramatiques : Enn. (1), Pacuv. (1), Caecil. (1) Afran. (2). La fréquence du mot chez Caton (3) est du même ordre que sa fréquence chez Varron (4) et chez Cicéron (2), tandis que les occurrences sont minimes dans la poésie classique : Catulle (1) et Horace (1). Un exemple de Sénèque et un autre de Columelle constituent une faible transition vers la récupération du verbe par les auteurs archaïsants (Apulée : 11, Fronton : 2 et Aulu-Gelle : 3). Par la suite, son accroissement sera plus net, chez les auteurs chrétiens (Augustin : 15 et Jérôme : 36).

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Plaute
69

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Térence Caton
17 3

• Période III. Cicéron : la fin de la République (80-43)

Cicéron César Salluste Varron Lucrèce Catulle
1 disc 1 phil 0 epist 0 0 4 0 1

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Virgile Horace Ovide Tite-Live Vitruve
0 1 sat 0 0 0

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Sénèque Lucain Celse Columelle Pline l’Ancien Pétrone Quinte-Curce Valère Maxime
1 0 0 1 1 0 0 0

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Quintilien Tacite Pline le Jeune Stace Juvénal Martial
0 0 0 0 0 0

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Apulée Fronton Aulu-Gelle
11 2 3

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Tertullien Minucius Felix Arnobe Histoire Auguste Cyprien Lactance
3 0 2 0 0 0

• Période IX : du milieu du IVes. au début du Ve, l’Empire après Constantin jusqu’à Honorius (337-423)

Augustin Jérôme Ammien Marcelin Egérie Macrobe Donat Mart. Capella Ausone
15 36 0 0 0 0 5 0

• Période X : du milieu du Veà la fin du VIe

Grégoire de Tours Priscien
4 (abscultare) 1



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1) Malgré les inconvénients de l’expression ‘latin vulgaire’, elle a peut-être sur d’autres possibles l’avantage d’être devenue un terme technique pour designer cet état de langue courante.