ărrŏgāntĭa, -ae f. (adr-)

(substantif)



4.2. Exposé détaillé

A. « Capacité à s’arroger un mérite de manière injustifiée »

Le contexte explicite les prétentions :

  • Cic. Leg. agr. 2, 95 (à propos de Capoue) :
    […] adrogantia qua a maioribus nostris alterum Capua consulem postulauit […].
    «[…] cette arrogance qui engagea Capoue à réclamer à nos ancêtres le privilège de fournir l’un des deux consuls […].» (traduction A. Boulanger, 1932, CUF)
  • Liv. 33, 11, 8 :
    […] suscensebat (Quinctius Flamininus) non immerito Aetolis ob […] arrogantiam eorum, uictoriae gloriam in se rapientium.
    « il était irrité, et non sans raison, […] de l’arrogance de ces gens qui s’appropriaient la gloire de la victoire […]. » (traduction G. Achard)
  • Hier. Epist. 96, 19 :
    […] adrogantiae tumore caecati, nolunt esse discipuli, ne postquam correcti fuerint, prius errasse uideantur
    « […] aveuglés par une arrogance orgueilleuse, ils ne veulent pas se faire disciples, de peur qu’après s’être corrigés, ils paraissent avoir erré précédemment. » (traduction J. Labourt).

Adrogantia peut d’ailleurs être en relation avec fastidium « dédain » :

  • Cic. Phil. 11, 38 :
    Quod eorum tantum fastidium est, quae tanta adrogantia, ut ad arbitrium illorum imperatores etiam deligamus.
    « Quelle est de leur part cette présomption, cette arrogance, qui nous ferait même choisir à leur gré les généraux en chef ? » (trad. P. Wuilleumier).

B. « Comportement hautain, orgueilleux »

Ailleurs, l’information porte sur le fait que la personne dont le comportement est qualifié par arrogantia le prend de haut.

Ayant promis à son correspondant de lui faire le récit des nouvelles de Rome, Cicéron, qui l’a fait informer par une autre personne, lui demande de bien vouloir l’excuser et de ne pas voir dans son attitude un mépris hautain, adrogantia :

  • Cic. Fam. 8, 1, 1 = t. 3 n° 191 :
    Tamen hoc te deprecor, ne meum hoc officium adrogantiae condemnes, quod hunc laborem alteri delegaui […].
    « Mais, je t’en prie, ne va pas condamner, comme insolemment désinvolte, la façon dont je m’acquitte de mon devoir envers toi en déléguant cette tâche à un autre » (trad. L.-A. Constans, modifiée).

Lors des combats devant Véies, l’un des consuls se désintéresse de la situation de l’autre en attendant que ce dernier vienne lui demander de l’aide, attitude d’indifférence hautaine qualifiée ensuite d’adrogantia :

  • Liv. 5, 8, 10-11 :
    ‘si opus foret auxilio, collegam’ dictitans ‘ad se missurum’. Huius adrogantiam pertinacia alterius aequabat.
    « ‘s’il avait besoin de secours, son collègue, disait-il, en enverrait demander’. Son arrogance n’avait d’égale que l’entêtement de l’autre. » (trad. J. Bayet).

Entre les deux valeurs d’arrogantia s’établit une pluralité d’acceptions parallèle à celle qui existe pour les emplois correspondants du verbe arrogare.

C. « Vanité »

Adrogantia s’applique à la capacité de quelqu’un à avoir et à donner de lui une image valorisante, mais, en réalité, totalement illusoire. C’est là un développement sémantique spécifique au nom arrogantia par rapport à l’adjectif arrogans et au verbe arrogare.

  • Rhet. Her. 1, 1 :
    Quas ob res illa quae Graeci scriptores inanis arrogantiae causa sibi assumpsere reliquimus.
    « Aussi ai-je laissé ce que les Grecs, auteurs de manuels, sont allés chercher pour en faire un vain étalage » (traduction G. Achard).
  • Caes. C. 3, 59, 3 :
    […] sed freti amicitia Caesaris et stulta ac barbara adrogantia elati despiciebant suos.
    « […] tout fiers de la bienveillance de César, gonflés d’une vanité absurde et bien digne de barbares, ils regardaient de haut leurs camarades » (traduction P. Fabre).

Une supériorité pleinement justifiée et profitable pour les autres est le contraire de l’arrogantia :

  • Plin., Epist. 3, 18, 3 :
    laudare uero optimum principem ac per hoc posteris uelut e specula lumen quod sequantur ostendere idem utilitatis habet, adrogantiae nihil.
    « […] louer un excellent prince et par ce moyen faire briller pour ses successeurs comme du haut d’un phare, la lumière qui doit les guider, voilà un projet utile qui n’a rien de présomptueux » (traduction A.-M. Guillemin).

Sémème : /sentiment de supériorité dont se pénètre quelqu’un/ /qui a et donne de lui une image complaisante/ /et masque la vérité sur ses mérites/ /pour s’imposer à l’attention des autres/.

Il s’établit une polysémie de sens par rapport à « comportement hautain »1).


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