arrŏgāns, -ntis (adr-)

(participe-adjectif)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

Le REW ne donne pas de descendants par la voie phonétique pour lat. arrogans, tandis que le LEI s.u. en cite de nombreux, attestés surtout dans les dialectes de l’Italie du nord et de la Suisse du sud, et caractérisés par le phénomène de l’aphérèse : le tessinois rugánt, le lombard rugant, l’émilien rogant, le vénitien rugante, mais aussi le pisan rogante.

Certains dialectes italiens attestent aussi des dérivés : en émilien rugantèn est un nom qui désigne un garçon insolent mais faible, de la même façon que le toscan rogantino. A partir du diminutif fut créé, par antonomase, le nom propre du personnage de théâtre populaire de Rome Rugantino, qui désigne en fait un jeune homme prétentieux et superbe, mais faible. Voir aussi Tommaseo-Bellini, s.u. et LEI s.u.. Certaines formes avec aphérèse n’existent plus dans les dialectes, les emprunts au latin s’étant répandus comme formes concurrentes.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

Lat. arrogăns est à l’origine des emprunts suivants des langues romanes :

it. arrogante, fr. arrogant, esp. arrogante, cat. arrogant « insolent, prétentieux, présomptueux, superbe ».

Selon le LEI s.u., les premières attestations de ces emprunts au latin remontent au XIIIe s. en français, au début du XIVe s. en italien et au XVe s. en espagnol et catalan.

En italien, l’adjectif est attesté pour la première fois dans l’oeuvre de Dante Alighieri, plus précisément dans le Convivio et dans la Comédie : le mot remonte donc aux années 1304-1308. Voici un exemple tiré de la Comédie :

  • « L’antico sangue e l’opere leggiadre / di miei maggior mi fer sì arrogante, / che … / ogn’uom ebbi in despetto » (Purg. XI 61-64)
    « L’antique noblesse et les gestes chevaleresques / de mes ancêtres me firent si arrogant / que … / j’ai tout homme en mépris ».

Les formes empruntées au latin sont attestées aussi dans les dialectes, aussi bien du sud que du nord de l’Italie : sicilien arroganti / arruganti, napolitain arrogante, émilien arogant / arugant, ancien-lombard arrogant, etc.

L’adjectif peut renvoyer à des êtres humains, comme dans l’exemple ci-dessus, mais aussi à des attitudes ou à des comportements. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un emploi métonymique de l’adjectif arrogante et sa valeur sémantique est « qui vient de l’arrogance ».

Selon le DHLF, s.u. l’adjectif français arrogant est emprunté au latin arrogans « insolent, présomptueux » comme nom propre dans Arroganz (1150) et seulement au XIIIe s. comme adjectif. Il est devenu usuel à partir des XIVe-XVe siècles et, comme en italien, il est employé par rapport aux êtres humains mais aussi aux attitudes et aux comportements des êtres humains (valeur métonymique). D’après le DHLF, s.u., le verbe français (s’)arroger et l’adjectif arrogant, bien qu’empruntés au même verbe latin adrogare, ont gardé deux valeurs sémantiques tout à fait différentes, le verbe ayant celle de « demander en plus, demander en réclamant », et l’adjectif celle de « hauteur, présomption ». Dès le XVIIe siècle l’adjectif est devenu rare et littéraire, remplacé de plus en plus dans la langue ordinaire par l’adjectif fier. En moyen-français l’adjectif se trouve avec les constructions suivantes : arrogant à / contre quelqu’un, tandis qu’en français contemporain on dit plutôt être arrogant envers / à l’égard de quelqu’un.


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