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arma, -ōrum (n. pl.)

(substantif)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Dans le caractère défensif des « armes » qui, pour être efficaces, doivent s’ajuster au corps, et dans les « instruments » qui sont appropriés à un usage spécifique, se trouve la même idée d’adaptation.

Le passage du sens A aux sens B et C est un changement de sens métonymique, l’armée, d’une part, la guerre, d’autre part, étant alors désignées par l’un des éléments qui les caractérisent.

6.2. Etymologie et origine

L’étymologie de arma est parfaitement connue depuis les débuts de la grammaire comparée. Le rattachement à la grande racine *h2er- « ajuster, adapter, agencer » n’a jamais été remis en cause, et il s’impose.

La racine *h2er- renvoie souvent au travail de l’artisan, notamment dans le domaine de la charronnerie, comme on le sait par gr. ἅρμα, -τος, qui désigne le char, conçu comme une construction bien ajustée — tandis que le répondant mycénien a-mo /armo /, dat. a-mo-te-i, pl. a-mo-ta, mot fréquent dans les inventaires, désigne la « roue », roue à rayon faite d’un savant assemblage. On explique habituellement l’aspiration initiale de ἅρμα, ἁρμός, ἁρμόζω, ἁρμονία par l’existence d’un suffixe *-sm-. Beekes (2009) note qu’il faudrait admettre que ἁρμός est la forme la plus ancienne, car seul le suffixe thématique *-mo- a un doublet connu *‑smo-. Néanmoins, le mycénien ne présente pas d’aspiration.

Arma est un collectif de *armo-, non attesté. Le mot est en synchronie un plurale tantum, ce qui s’explique par le fait qu’il désigne un ensemble d’objets. C’est, en synchronie, un lexème inanalysable pour les locuteurs. Il ne nous paraît pas absolument nécessaire de partir d’un adjectif *armo- « bien ajusté », comme le fait De Vaan (2008). Ce peut être d’emblée un substantif. Arma désignant principalement les armes défensives, l’emploi de la racine *h2er- se comprend aisément : les cuirasses, jambières, casques, etc. sont ajustés à la personne qui les porte — à moins qu’il ne faille comprendre qu’il s’agit d’ouvrages résultant d’un assemblage, d’un ajustement réalisé par l’artisan.

Les substantifs dérivés en *-mo- sont nombreux et anciens, tant en latin que dans les autres langues. Le suffixe -μος (souvent oxyton) est resté très productif en grec1), alors qu’il a cessé de l’être depuis longtemps en latin. *armo- n’a de correspondant direct connu dans aucune autre langue i.-e.

La quasi homonymie avec armus, -i M. « articulation de l’épaule, épaule » est en partie fortuite, car le nom de l’épaule repose sur une variante ultimae laryngalis de la racine, *h2erH-, comme le laisse supposer l’indo-iranien, avec sk. īrmá- et av. arəma- (sur un degré : *h2ṛH-), ainsi que les formes balto-slaves, avec v.-sl. ramo, tch. rámě, s.-cr. rȁme, v.-pr. irmo, lit. ìrmėdė. Le latin, pas plus que le germanique (got. arms, v.-h.-a. aram, all. Arm,), n’a gardé de trace de la laryngale en cette position.



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1) Cf. P. CHANTRAINE, La formation des noms en grec ancien, 1933, p. 132-150.