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dictionnaire:anfractus6 [2013/05/29 15:50]
lecaude
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lecaude
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-**1. //Anfractus//  et //frangere//.** +==== 6.2.1. "Anfractus et "frangere" ====
  
  
-Bien qu’il n’existe pas de verbe //%%*%%anfringere//, //anfractus//  pourrait être le nom verbal en //-tus//  d’un verbe disparu. Le rapprochement de //anfractus//  et //frangere//  a, assurément, les apparences pour lui. Mais l’apparence n’est pas l’évidence, à telle enseigne que ce rapprochement a été écarté dans le dictionnaire Ernout-Meillet, comme il l’était déjà par Ernout en 1909 et le sera encore par F. Bader en 1962((Le dictionnaire Ernout-Meillet suppose un emprunt à l’osque. La thèse de l’« emprunt suditalique », affirmée par Ernout 1909 p. 106-107 est reprise dans Bader 1962 p. 268 ; la segmentation retenue est  amfr-actus , sur laquelle nous reviendrons.)). Des arguments formels et sémantiques peuvent en effet en faire douter. D’une part, l’association du préverbe //amb-//  et du verbe //frangere//  « briser » ne produit guère de sens satisfaisant, et cela ne rend pas bien compte des emplois les plus fréquents du mot, qui indique bien un mouvement, celui des astres, le cours sinueux d’un fleuve entre autres. Pas d’idée de « cassure », de « brisure » dans //anfractus//. À la rigueur, un //anfractus//  « brisure arrondie », appliqué à une côte, pourrait s’apparenter un peu aux adjectifs français //découpé, déchiré//, qui se disent des côtes accidentées. Cependant, même en ce domaine, //anfractus//  désigne des golfes, des anses, des sinuosités plus que des déchirures abruptes. Jamais //anfractus//  ne vise un angle vif. En outre, autant on passe facilement de « mouvement circulaire » à « sinuosité », autant il serait difficile d’aller de « déchirures », même arrondies, au mouvement des astres ou des cours d’eau. D’autre part, les préfixés de //frangere//  sont nombreux, et parfaitement motivés((Af-, con-, de-, dif-, ef-, in-, inter-, of-, per-, prae-, pro-, re-, suf-fringere )). Tous ont le sens de « briser, casser, défoncer ». Il n’existe pas de forme nominale de cette famille étymologique qui se serait détachée du verbe de base disparu. Qui plus est, ni //frangere//  ni aucun de ses préfixés n’a servi à dériver un substantif en //-tus//  (il n’y a même qu’un substantif en //-tio//, //infractio//). Si un verbe //%%*%%anfringere//  a existé, d’une part il est fort ancien, parce que le préfixe //amb- //  est récessif dès avant le latin archaïque, et a été normalement renouvelé par //circum//- ((Les seuls verbes ayant gardé le préverbe  amb- sont  ambire, ambulare, ambigere, amicire, amplecti, amputare, antestor . Hormis  ambire , concurrencé par  circuire , et  amplecti , sans doute encore compréhensible en synchronie, le sens de  amb- « autour, en cercle » s’est oblitéré dans tous ces verbes. Pour le préfixe  amb- , son maintien dans quelques verbes et noms, son remplacement normal par  circum- , cf. Brachet 2002 p. 209-210.)), et d’autre part, ce //%%*%%anfringere//  aurait disparu en laissant un nom en //-tus//  exceptionnel dans son genre. L’étymologie par //frangere//  paraît alors paradoxalement trop évidente pour être juste. Si rapport il y a entre //anfractus //  et la famille de //frangere//, c’est une étymologie synchronique, qui s’imposait aux locuteurs, tout simplement pour des raisons d’homonymie, comme nous essaierons de le montrer.+Bien qu’il n’existe pas de verbe //%%*%%anfringere//, //anfractus//  pourrait être le nom verbal en //-tus//  d’un verbe disparu. Le rapprochement de //anfractus//  et //frangere//  a, assurément, les apparences pour lui. Mais l’apparence n’est pas l’évidence, à telle enseigne que ce rapprochement a été écarté dans le dictionnaire Ernout-Meillet, comme il l’était déjà par Ernout en 1909 et le sera encore par F. Bader en 1962((Le dictionnaire Ernout-Meillet suppose un emprunt à l’osque. La thèse de l’« emprunt suditalique », affirmée par Ernout 1909 p. 106-107 est reprise dans Bader 1962 p. 268 ; la segmentation retenue est  //amfr-actus// , sur laquelle nous reviendrons.)). Des arguments formels et sémantiques peuvent en effet en faire douter. D’une part, l’association du préverbe //amb-//  et du verbe //frangere//  « briser » ne produit guère de sens satisfaisant, et cela ne rend pas bien compte des emplois les plus fréquents du mot, qui indique bien un mouvement, celui des astres, le cours sinueux d’un fleuve entre autres. Pas d’idée de « cassure », de « brisure » dans //anfractus//. À la rigueur, un //anfractus//  « brisure arrondie », appliqué à une côte, pourrait s’apparenter un peu aux adjectifs français //découpé, déchiré//, qui se disent des côtes accidentées. Cependant, même en ce domaine, //anfractus//  désigne des golfes, des anses, des sinuosités plus que des déchirures abruptes. Jamais //anfractus//  ne vise un angle vif. En outre, autant on passe facilement de « mouvement circulaire » à « sinuosité », autant il serait difficile d’aller de « déchirures », même arrondies, au mouvement des astres ou des cours d’eau. D’autre part, les préfixés de //frangere//  sont nombreux, et parfaitement motivés((//Af-, con-, de-, dif-, ef-, in-, inter-, of-, per-, prae-, pro-, re-, suf-fringere//.)). Tous ont le sens de « briser, casser, défoncer ». Il n’existe pas de forme nominale de cette famille étymologique qui se serait détachée du verbe de base disparu. Qui plus est, ni //frangere//  ni aucun de ses préfixés n’a servi à dériver un substantif en //-tus//  (il n’y a même qu’un substantif en //-tio//, //infractio//). Si un verbe //%%*%%anfringere//  a existé, d’une part il est fort ancien, parce que le préfixe //amb- //  est récessif dès avant le latin archaïque, et a été normalement renouvelé par //circum//- ((Les seuls verbes ayant gardé le préverbe  //amb-// sont  //ambire, ambulare, ambigere, amicire, amplecti, amputare, antestor//. Hormis  //ambire//, concurrencé par  //circuire//, et  //amplecti//, sans doute encore compréhensible en synchronie, le sens de  //amb-// « autour, en cercle » s’est oblitéré dans tous ces verbes. Pour le préfixe  //amb-// , son maintien dans quelques verbes et noms, son remplacement normal par  //circum-// , cf. Brachet 2002 p. 209-210.)), et d’autre part, ce //%%*%%anfringere//  aurait disparu en laissant un nom en //-tus//  exceptionnel dans son genre. L’étymologie par //frangere//  paraît alors paradoxalement trop évidente pour être juste. Si rapport il y a entre //anfractus //  et la famille de //frangere//, c’est une étymologie synchronique, qui s’imposait aux locuteurs, tout simplement pour des raisons d’homonymie, comme nous essaierons de le montrer.
  
  
-**2. Essai d’analyse de //anfractus//  comme un composé.** +==== 6.2.2. Essai d’analyse de "anfractuscomme un composé ==== 
  
  
-**2.1. Une hypothèse alternative.** +=== 6.2.2.1. Une hypothèse alternative ===
  
  
-L’étude des emplois de //anfractus//  pousse à retrouver dans ce mot le préfixe //amb-//  et le nom verbal //actus//. Ernout 1909 p. 106-107 faisait une analyse comparable à la nôtre : « Le correspondant latin de //anfractus//  serait //ambactus//  qui existe bien, mais avec un tout autre sens, et qui est lui-même un emprunt au gaulois. » Laissons de côté //ambactus//  ((Qui est bel et bien un emprunt au gaulois ; cf. X. Delamarre,  Dictionnaire de la langue gauloise , Paris Errance, 2 e éd., 2003, s.v.  ambactos)). L’essentiel est qu’Ernout, lui-aussi, isolait dans //anfractus//  le radical //ag-//. Restera à identifier //fr-//. Il est exclu de poser un préfixe //amfr-//, ce que d’aucuns ont essayé de faire jadis, dont Ernout 1909, car un tel préfixe n’existe pas((Cf.  infra la discussion à ce sujet.)). On proposera de retrouver dans //fr-//  la racine //%%*%%b<sup>h</sup>er-//, celle de // ferō//  /φέρω, « porter » mais aussi « se déplacer », souvent « se déplacer rapidement ». On verra bien alors dans //anfractus//  un nom verbal dont le verbe de base a disparu, mais qui était sans rapport avec //frangere//  « briser ». Notre analyse soulève des difficultés d’ordre sémantique et morphologique, que nous examinerons successivement. Nous proposons donc de retrouver dans //-fractus//  le nom verbal d’un verbe // %%*%%fragō //, disparu comme verbe simple à une date précoce, mais qui s’était mieux maintenu sous la forme préverbée // %%*%%amfrigō < %%*%%amfragō //. Il s’agirait d’un composé tautologique associant les racines //%%*%%b<sup>h</sup>er-// et //%%*%%ag-//, en emploi intransitif : //%%*%%b<sup>h</sup>r-ag- > frag-//. Le verbe // %%*%%fragō //  était fâcheusement menacé de collision homonymique avec certaines formes de // frangō/-fringō  //: parfait homonyme // frēgī //, participe homonyme //fractus//. A joué alors l’effet destructeur de l’homonymie sur le lexique, bien mis en évidence au moins depuis les travaux de Gilliéron sur le nom de « l’abeille » en français((Jules Gilliéron,  Généalogie des mots qui désignent l’abeille , Bibliothèque de l’cole de Hautes tudes, Sciences historiques et philologiques, 225, 1918,  passim . La forme phonétique  é < apem a été diversement remplacée selon les dialectes pour éviter la confusion avec le coordonnant  et devenu /   ε   /.)). Une telle analyse de //anfractus//  permet de comprendre l’équivalence avec //ambages//  ou //circumitio//. Pour le sens, //anfractus//  et //circumitio//  sont synonymes mais de formation différente ; entre //amb-āg-ēs//  et //an-fr-ac-tus//, il y a en commun non seulement le sens, mais aussi une partie de la morphologie, le préfixe //amb-//  et le radical //ag-//. Si l’on nous suit dans notre analyse de osq. //amfret//, nous tenons une formation de même structure que //anfractus //: //%%*%%am(b)-fr-ey-//  en regard de //%%*%%am(b)-fr-ag-//. On n’a pas encore identifié en latin de composés tautologiques comme //virevolter//  ou  strefedinevw , et paradoxalement, Fraenkel 1913, dans un article pourtant intitulé « Graeca-Latina », ne produit aucun exemple latin pour illustrer les combinaisons de synonymes univerbées. Ses exemples sont germaniques, grecs ou balto-slaves. Le latin, on le sait, pratique peu la composition((Il en va de même en français, ce qui n’empêche pas cette langue de connaître le type  virevolter)), mais il possède, comme nous l’avons dit, des juxtapositions asyndétiques de verbes quasi-synonymes, qui auraient pu être la base de composés tautologiques si le premier terme avait été dépouillé des marques flexionnelles et réduit au thème verbal puis soudé au second. Avec les radicaux //fer-//  et //ag-//, on est dans les verbes de mouvement, qui sont un domaine privilégié des composés tautologiques, procédé expressif. Rien ne s’oppose à ce qu’existe en latin une combinaison tautologique, de date préhistorique, //%%*%%b<sup>h</sup>r-ag- > frag-//. Il y en a peut-être, certainement même, d’autres dans cette langue((Haudry 1997 évoque également   pereō, perīre  , qui peut combiner « traverser » et « aller ». Ce serait dans ce cas une construction sérielle, mais il y a une proximité entre les deux types agglutinants, composés sériels et composés tautologiques.)).+L’étude des emplois de //anfractus//  pousse à retrouver dans ce mot le préfixe //amb-//  et le nom verbal //actus//. Ernout 1909 p. 106-107 faisait une analyse comparable à la nôtre : « Le correspondant latin de //anfractus//  serait //ambactus//  qui existe bien, mais avec un tout autre sens, et qui est lui-même un emprunt au gaulois. » Laissons de côté //ambactus//  ((Qui est bel et bien un emprunt au gaulois ; cf. X. Delamarre,  //Dictionnaire de la langue gauloise//, Paris Errance, 2<sup>e</sup> éd., 2003, s.v.  //ambactos//)). L’essentiel est qu’Ernout, lui-aussi, isolait dans //anfractus//  le radical //ag-//. Restera à identifier //fr-//. Il est exclu de poser un préfixe //amfr-//, ce que d’aucuns ont essayé de faire jadis, dont Ernout 1909, car un tel préfixe n’existe pas((Cf.  //infra// la discussion à ce sujet.)). On proposera de retrouver dans //fr-//  la racine //%%*%%b<sup>h</sup>er-//, celle de // ferō//  /φέρω, « porter » mais aussi « se déplacer », souvent « se déplacer rapidement ». On verra bien alors dans //anfractus//  un nom verbal dont le verbe de base a disparu, mais qui était sans rapport avec //frangere//  « briser ». Notre analyse soulève des difficultés d’ordre sémantique et morphologique, que nous examinerons successivement. Nous proposons donc de retrouver dans //-fractus//  le nom verbal d’un verbe // %%*%%fragō //, disparu comme verbe simple à une date précoce, mais qui s’était mieux maintenu sous la forme préverbée // %%*%%amfrigō < %%*%%amfragō //. Il s’agirait d’un composé tautologique associant les racines //%%*%%b<sup>h</sup>er-// et //%%*%%ag-//, en emploi intransitif : //%%*%%b<sup>h</sup>r-ag- > frag-//. Le verbe // %%*%%fragō //  était fâcheusement menacé de collision homonymique avec certaines formes de // frangō/-fringō  //: parfait homonyme // frēgī //, participe homonyme //fractus//. A joué alors l’effet destructeur de l’homonymie sur le lexique, bien mis en évidence au moins depuis les travaux de Gilliéron sur le nom de « l’abeille » en français((Jules Gilliéron,  //Généalogie des mots qui désignent l’abeille//, Bibliothèque de l’Ecole des Hautes Etudes, Sciences historiques et philologiques, 225, 1918,  passim . La forme phonétique  é < apem a été diversement remplacée selon les dialectes pour éviter la confusion avec le coordonnant  //et// devenu /ε/.)). Une telle analyse de //anfractus//  permet de comprendre l’équivalence avec //ambages//  ou //circumitio//. Pour le sens, //anfractus//  et //circumitio//  sont synonymes mais de formation différente ; entre //amb-āg-ēs//  et //an-fr-ac-tus//, il y a en commun non seulement le sens, mais aussi une partie de la morphologie, le préfixe //amb-//  et le radical //ag-//. Si l’on nous suit dans notre analyse de osq. //amfret//, nous tenons une formation de même structure que //anfractus //: //%%*%%am(b)-fr-ey-//  en regard de //%%*%%am(b)-fr-ag-//. On n’a pas encore identifié en latin de composés tautologiques comme //virevolter//  ou  strefedinevw , et paradoxalement, Fraenkel 1913, dans un article pourtant intitulé « Graeca-Latina », ne produit aucun exemple latin pour illustrer les combinaisons de synonymes univerbées. Ses exemples sont germaniques, grecs ou balto-slaves. Le latin, on le sait, pratique peu la composition((Il en va de même en français, ce qui n’empêche pas cette langue de connaître le type  virevolter)), mais il possède, comme nous l’avons dit, des juxtapositions asyndétiques de verbes quasi-synonymes, qui auraient pu être la base de composés tautologiques si le premier terme avait été dépouillé des marques flexionnelles et réduit au thème verbal puis soudé au second. Avec les radicaux //fer-//  et //ag-//, on est dans les verbes de mouvement, qui sont un domaine privilégié des composés tautologiques, procédé expressif. Rien ne s’oppose à ce qu’existe en latin une combinaison tautologique, de date préhistorique, //%%*%%b<sup>h</sup>r-ag- > frag-//. Il y en a peut-être, certainement même, d’autres dans cette langue((Haudry 1997 évoque également  //pereō, perīre//, qui peut combiner « traverser » et « aller ». Ce serait dans ce cas une construction sérielle, mais il y a une proximité entre les deux types agglutinants, composés sériels et composés tautologiques.)).
  
  
-**2.2. Les radicaux //ag-//  et //fer-//  « se déplacer » en latin.** +=== 6.2.2.2. Les radicaux "ag-et "fer- « se déplacer » en latin ===
  
  
-**2.2.1. //ag-//.** +== 6.2.2.2.1. "ag-" == 
  
  
-//Anfractus//  est parfois associé à // ambāgēs //, p. ex. dans l’évocation suivante d’un labyrinthe :+//Anfractus//  est parfois associé à // ambāgēs //, par exemple dans l’évocation suivante d’un labyrinthe par le géographe Pomponius Mela :
  
  
-    * Mel. 1, 56 : //Psammetichi opus Labyrinthus, domos mille et regias duodecim perpetuo parietis ambitu amplexus, marmore extructus ac tectus, unum in se descensum habet, intus paene innumerabiles uias, multis ambagibus huc et illuc remeantibus, sed continuo anfractu et saepe reuocatis porticibus ancipites//. +    * Mel. 1, 56 : //Psammetichi opus Labyrinthus, domos mille et regias duodecim perpetuo parietis ambitu amplexus, marmore extructus ac tectus, unum in se descensum habet, intus paene innumerabiles uias, multis ambagibus huc et illuc remeantibus, sed continuo anfractu et saepe reuocatis porticibus ancipites//. \\ « Un ouvrage de Psammétique, le Labyrinthe, qui contient mille habitations et douze palais dans l’enceinte d’une muraille continue ; édifié et couvert en marbre, on ne peut y descendre que par un seul accès, tandis qu’à l’intérieur il comprend une quantité presque innombrable de voies qui égarent par la multitude de leurs sinuosités qui vont et viennent sur elles-mêmes, avec cependant un mouvement tournant ininterrompu et le retour fréquent de portiques. »
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-« Un ouvrage de Psammétique, le Labyrinthe, qui contient mille habitations et douze palais dans l’enceinte d’une muraille continue ; édifié et couvert en marbre, on ne peut y descendre que par un seul accès, tandis qu’à l’intérieur il comprend une quantité presque innombrable de voies qui égarent par la multitude de leurs sinuosités qui vont et viennent sur elles-mêmes, avec cependant un mouvement tournant ininterrompu et le retour fréquent de portiques. »+
  
  
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-Bien que noms en //-men//  et en //-tus//  n’aient pas la même valeur à l’origine, les emplois se confondent parfois. //Agmen//  désignant le « cours », le « courant » d’un fleuve fonctionne volontiers dans des ablatifs dits « de la circonstance concomitante »((Plus exactement, de la « forme d’apparition »,  Erscheinungsform , selon le mot, heureux, de Delbrück,  Grundriss , III 1, 1893, §105 (Instrumentalis der begleitenden Umstände) et 106 (Instrumentalis der dauernden Eigenschaft), p. 238-242.)):+Bien que les noms en //-men//  et en //-tus//  n’aient pas la même valeur à l’origine, les emplois se confondent parfois. //Agmen//  désignant le « cours », le « courant » d’un fleuve fonctionne volontiers dans des ablatifs dits « de la circonstance concomitante »((Plus exactement, de la « forme d’apparition »,  Erscheinungsform , selon le mot, heureux, de Delbrück,  Grundriss , III 1, 1893, §105 (Instrumentalis der begleitenden Umstände) et 106 (Instrumentalis der dauernden Eigenschaft), p. 238-242.)):
  
  
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-**2.3. L’emploi intransitif de la racine //%%*%%b<sup>h</sup>er-// en grec et en latin.** +=== 6.2.2.3. L’emploi intransitif de la racine %%*%%bher- en grec et en latin ===
  
  
-**2.3.1.**  **   **  ** φέρω « se précipiter, filer » en grec.** +== 6.2.2.3.1. φέρω « se précipiter, filer » en grec ==
  
  
-À l’actif,  φέρω traduit parfois l’idée d’un mouvement rapide, précipité, p. ex. dans les passages homériques suivants, où l’on trouve le préverbé ἐκφέρω appliqué à la course de chars, notamment dans la fameuse évocation des jeux au chant XXIII de l’//Iliade//  ((La conservation du sens intransitif de  %%*%%b h er- dans    ἐκφέρω   peut être imputable à l’« archaïsme des préverbés », fait bien connu des comparatistes. Les emplois vivants de    φέρω   en grec sont transitifs, et gravitent autour du sens de « porter ». Pour l’« archaïsme des préverbés », cf. Wackernagel,  Vorlesungen über Syntax emere “acheter”, dont le sens primitif de “prendre” est conservé dans quelques préverbés :  sumere “prendre”,  demere “enlever”,  adimere “prendre à soi”,  comere “prendre en bloc”, d’où “coiffer”, etc.)):+À l’actif,  φέρω traduit parfois l’idée d’un mouvement rapide, précipité, par exemple dans les passages homériques suivants, où l’on trouve le préverbé ἐκφέρω appliqué à la course de chars, notamment dans la fameuse évocation des jeux au chant XXIII de l’//Iliade//  ((La conservation du sens intransitif de  //*b<sup>h</sup>er-// dans ἐκφέρω peut être imputable à l’« archaïsme des préverbés », fait bien connu des comparatistes. Les emplois vivants de φέρω en grec sont transitifs, et gravitent autour du sens de « porter ». Pour l’« archaïsme des préverbés », cf. Wackernagel,  //Vorlesungen über Syntax//; //emere// “acheter”, dont le sens primitif de “prendre” est conservé dans quelques préverbés :  //sumere// “prendre”,  //demere// “enlever”,  //adimere// “prendre à soi”,  //comere// “prendre en bloc”, d’où “coiffer”, etc.)):
  
  
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-**2.2.2. Le médio-passif //ferri //; son correspondant**  **   φέρεσθαι.** +== 6.2.2.2.2. Le médio-passif "ferri; son correspondant φέρεσθαι ==
  
  
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-**2.3.2. Complémentarité lexicale entre //ag-//  et //fer-//  en latin ?** +== 6.2.2.3.2. Complémentarité lexicale entre "ag- et "fer- en latin ? ==
  
  
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-**3. Les « composés tautologiques ».** +==== 6.2.3. Les « composés tautologiques » ====
  
  
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-**3.1. La notion de « composé tautologique ».** +=== 6.2.3.1. La notion de « composé tautologique » ===
  
  
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-**3.2. Le verbe germanique //%%*%%breng-a-//  « porter, apporter ».** +=== 6.2.3.2. Le verbe germanique "*breng-a- « porter, apporter » ===
  
  
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-**3.3. Quelques exemples grecs.** +=== 6.2.3.3. Quelques exemples grecs ===
  
  
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-//Il//. 16, 791-792 :   στῆ δ’ ὄπιθεν, πλῆξεν δὲ μετάφρενον εὐρέε τ’ ὤμω+//Il//. 16, 791-792 :   στῆ δ’ ὄπιθεν, πλῆξεν δὲ μετάφρενον εὐρέε τ’ ὤμω \\ χειρὶ καταπρηνεῖ, στρεφεδίνηθεν δέ οἱ ὄσσε. \\ « (Apollon) s’arrête derrière Patrocle ; il lui frappe le dos, les larges épaules, du plat de la main. Les yeux aussitôt lui chavirent. »
  
- +C’est un composé tautologique net, transparent, « combinaison créée par le poète de  στρέφομαι  et  δινέομαι  »((Chantraine,  //DELG//, s.v. στρἐφω   p. 1063.)).
-χειρὶ καταπρηνεῖ, στρεφεδίνηθεν δέ οἱ ὄσσε. +
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-« (Apollon) s’arrête derrière Patrocle ; il lui frappe le dos, les larges épaules, du plat de la main. Les yeux aussitôt lui chavirent. » +
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-C’est un composé tautologique net, transparent, « combinaison créée par le poète de  στρέφομαι  et  δινέομαι  »((Chantraine,  DELG , s.v. στρ   ἐφω   p. 1063.)).+
  
  
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-Aesch. //Prom//. 882 : τροχοδινεῖται δ’ ὄμμαθ’ ἑλίγδην. +Aesch. //Prom//. 882 : τροχοδινεῖται δ’ ὄμμαθ’ ἑλίγδην. \\ « Mes yeux roulent convulsivement. »
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-« Mes yeux roulent convulsivement. »+
  
  
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-• Nous terminerons cette rapide revue par une formation intéressante pour notre propos, les impératifs lesbiens (Sappho, Alcée) ἄγι ἄγιτε « va ! allez ! ». Si l’emploi intransitif de ἄγω +• Nous terminerons cette rapide revue par une formation intéressante pour notre propos, les impératifs lesbiens (Sappho, Alcée) ἄγι ἄγιτε « va ! allez ! ». Si l’emploi intransitif de ἄγω au sens de « se déplacer » est rare en grec, il est incontestable dans les impératifs ἄγε ἄγετε, anciens, ἄγε étant comparable à lat. //age(dum)//. Ce sont de vieux impératifs sortis du paradigme verbal et devenus particules d’exhortation. Selon l’explication habituelle, ἄγιτε provient d’un syntagme univerbé ἄγ᾽ ἴτε, le singulier ἄγι ayant ensuite été fait sur le pluriel((Chantraine,  DELG , s.v.    ἄγω   ; A. Thumb et A. Scherer,  Handbuch der griechischen Dialekte , II, 2 e éd., Heidelberg, 1959, p. 101 ; E.-M. Hamm,  Grammatik zu Sappho und Alkaios , Berlin, 1957, p. 115 et 170.    ἄγιτε   n’apparaît que sous la forme élidée    ἄγιt᾽   . L’analyse remonte à Kretschmer,  Glotta , 8, 1917 p. 256. On pourrait aussi penser, en grec, à βάσκ   ᾽ ἴθι   , mais selon F. Létoublon,  « Il allait pareil à la nuit ». Les verbes de mouvement en grec : supplétisme et aspect verbal , Paris, 1985, p. 135, dans βάσκ   ᾽ ἴθι   , les deux impératifs ne sont pas forcément redondants (locution à mettre en rapport avec β   ῆ δ᾽ ἰέναι   ).)).  La combinaison syntagmatique des deux impératifs, le premier étant figé sous une forme élidée qui le fait ressembler à un radical pur, illustre la base syntagmatique sur laquelle se forment les composés tautologiques, les « composés par synonymes » de Sainéan. Ce peut être par la répétition redondante de quasi-synonymes que les composés tautologiques sont nés, par l’intermédiaire d’une grammaticalisation et de la transformation en procédé morphologique d’une simple association syntagmatique.
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-au sens de « se déplacer » est rare en grec, il est incontestable dans les impératifs ἄγε ἄγετε, anciens, ἄγε étant comparable à lat. //age(dum)//. Ce sont de vieux impératifs sortis du paradigme verbal et devenus particules d’exhortation. Selon l’explication habituelle, ἄγιτε provient d’un syntagme univerbé ἄγ᾽ ἴτε, le singulier ἄγι ayant ensuite été fait sur le pluriel((Chantraine,  DELG , s.v.    ἄγω   ; A. Thumb et A. Scherer,  Handbuch der griechischen Dialekte , II, 2 e éd., Heidelberg, 1959, p. 101 ; E.-M. Hamm,  Grammatik zu Sappho und Alkaios , Berlin, 1957, p. 115 et 170.    ἄγιτε   n’apparaît que sous la forme élidée    ἄγιt᾽   . L’analyse remonte à Kretschmer,  Glotta , 8, 1917 p. 256. On pourrait aussi penser, en grec, à βάσκ   ᾽ ἴθι   , mais selon F. Létoublon,  « Il allait pareil à la nuit ». Les verbes de mouvement en grec : supplétisme et aspect verbal , Paris, 1985, p. 135, dans βάσκ   ᾽ ἴθι   , les deux impératifs ne sont pas forcément redondants (locution à mettre en rapport avec β   ῆ δ᾽ ἰέναι   ).)).  La combinaison syntagmatique des deux impératifs, le premier étant figé sous une forme élidée qui le fait ressembler à un radical pur, illustre la base syntagmatique sur laquelle se forment les composés tautologiques, les « composés par synonymes » de Sainéan. Ce peut être par la répétition redondante de quasi-synonymes que les composés tautologiques sont nés, par l’intermédiaire d’une grammaticalisation et de la transformation en procédé morphologique d’une simple association syntagmatique. +
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-**3.4. Osq. //amfret//: une hypothèse morphologique et étymologique.**  +
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-On trouve en osque une forme verbale d’analyse disputée depuis le 19<sup>e</sup>s. : //amfret//. Certains y voient une forme d’un verbe //amferom//, un verbe semblable étant connu en ombrien et utilisé à propos de la cérémonie de lustration((Ce verbe  amferom signifie « purifier », mais son sens premier est bien sûr « porter autour ». Pour l’évolution sémantique de « porter autour » à « purifier », cf. Brachet 2002 p. 207-209.)). C’est, semble-t-il, la position dominante aujourd’hui. Dans ce cas, on supposera une syncope de la voyelle atone du radical //fer-//, comme l’on a p. ex. en osque //kúmbened//  mais //cebnust//  ((kúmbened  et  cebnust , formes verbales préverbées sur radical  ben- , correspondant sabellique de lat.  uen- , de  uenio . Cependant, on remarquera que, parmi les formes de  ferom connues en sabellique, seul  amfret présenterait une syncope de la voyelle du radical verbal.)). Dans ombr. //anferener//, gérondif gén. masc. sg, on aurait un maintien analogique de la voyelle de la deuxième syllabe. C’est la position soutenue par Untermann 2000 p. 278. Mais, à supposer que //amfret//  appartienne bien à un verbe //amferom//, il reste une divergence sémantique importante entre osque et ombrien : //amferom//  a toujours le sens de « purifier » en ombrien, alors qu’il aurait celui d’« être autour de » en osque. Au 19<sup>e</sup>siècle, et bien au-delà, d’aucuns ont voulu reconnaître dans //-et//  la 3<sup>e</sup>pl. du verbe « aller », faisant de //amfr-//  le préverbe. Cette thèse se retrouve chez von Planta et Buck, et jusque chez Benediktsson au moins((C’est encore la thèse présentée, avec un point d’interrogation il est vrai, dans Ernout-Meillet, qui évoque en outre la possibilité d’un emprunt à l’osque. En revanche, Brugmann,  Grundriss , I 2/2, 1911, p. 796 émettait déjà des doutes sur cette interprétation (« zweifelhaft »). Dans Meiser 1986 p. 75, nous ne voyons pas bien comment l’auteur analyse  amfret)). C’est ce dernier qui fournit l’analyse la plus précise de //amfret//  « ambiunt »((Benediktsson 1960 §49 p. 189, et déjà von Planta I §108 p. 210 et II p. 455.)). Il part de //%%*%%//  // amfĕr -ent//, avec syncope régulière en osque du //e//  du préverbe supposé. Que //-ent//, normalement réduit à //-et//  par chute de la nasale implosive, provienne de //-ent < //  // %%*%%-ēnt < %%*%%‑eyent(i)//  n’est pas une difficulté. Mais quel est donc le préverbe amfer-, amfr-après syncope supposée ? Von Planta((I p. 178 et 476.))inventait pour l’occasion un préfixe %%*%%amfer-, « italische Neubildung » sur le modèle de super, inter, propter, subter, circiter, praeter. Ce préfixe %%*%%amfer-, créé ad hoc, était retrouvé par von Planta, Buck et Benediktsson dans anfractus, découpé anfr-actus. Cette analyse, même intenable, avait un mérite : elle préservait l’élément actus, dont l’importance est primordiale pour le sens du mot. C’est probablement pour cette raison sémantique que Ernout-Meillet conserve l’analyse anfr-actus, bien que ce ne soit pas dit explicitement. Revenons à amfret. Ce verbe s’applique à des murs qui entourent un sanctuaire, dans le cippe d’Abella : +
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-Rix Cm 1 p. 114-115 :+
  
  
-5-:  //ehtrad feíhúss pús herekleís fíísnam amfret//.+=== 6.2.3.4. Osq. "amfret": une hypothèse morphologique et étymologique ===
  
  
-« Hors des murs qui entourent le sanctuaire d’Hercule. »+On trouve en osque une forme verbale d’analyse disputée depuis le 19<sup>e</sup> s. : //amfret//. Certains y voient une forme d’un verbe //amferom//, un verbe semblable étant connu en ombrien et utilisé à propos de la cérémonie de lustration((Ce verbe  amferom signifie « purifier », mais son sens premier est bien sûr « porter autour ». Pour l’évolution sémantique de « porter autour » à « purifier », cf. Brachet 2002 p. 207-209.)). C’est, semble-t-il, la position dominante aujourd’hui. Dans ce cas, on supposera une syncope de la voyelle atone du radical //fer-//, comme l’on a p. ex. en osque //kúmbened//  mais //cebnust//  ((kúmbened  et  cebnust , formes verbales préverbées sur radical  ben- , correspondant sabellique de lat.  uen- , de  uenio . Cependant, on remarquera que, parmi les formes de  ferom connues en sabellique, seul  amfret présenterait une syncope de la voyelle du radical verbal.)). Dans ombr. //anferener//, gérondif gén. masc. sg, on aurait un maintien analogique de la voyelle de la deuxième syllabe. C’est la position soutenue par Untermann 2000 p. 278. Mais, à supposer que //amfret//  appartienne bien à un verbe //amferom//, il reste une divergence sémantique importante entre osque et ombrien : //amferom//  a toujours le sens de « purifier » en ombrien, alors qu’il aurait celui d’« être autour de » en osque. Au 19<sup>e</sup>siècle, et bien au-delà, d’aucuns ont voulu reconnaître dans //-et//  la 3<sup>e</sup>pl. du verbe « aller », faisant de //amfr-//  le préverbe. Cette thèse se retrouve chez von Planta et Buck, et jusque chez Benediktsson au moins((C’est encore la thèse présentée, avec un point d’interrogation il est vrai, dans Ernout-Meillet, qui évoque en outre la possibilité d’un emprunt à l’osque. En revanche, Brugmann,  Grundriss , I 2/2, 1911, p. 796 émettait déjà des doutes sur cette interprétation (« zweifelhaft »). Dans Meiser 1986 p. 75, nous ne voyons pas bien comment l’auteur analyse  amfret)). C’est ce dernier qui fournit l’analyse la plus précise de //amfret//  « ambiunt »((Benediktsson 1960 §49 p. 189, et déjà von Planta I §108 p. 210 et II p. 455.)). Il part de //%%*%%//  // amfĕr -ent//, avec syncope régulière en osque du //e//  du préverbe supposé. Que //-ent//, normalement réduit à //-et//  par chute de la nasale implosive, provienne de //-ent < //  // %%*%%-ēnt < %%*%%‑eyent(i)//  n’est pas une difficulté. Mais quel est donc le préverbe amfer-, amfr-après syncope supposée ? Von Planta((I p178 et 476.))inventait pour l’occasion un préfixe %%*%%amfer-, « italische Neubildung » sur le modèle de super, inter, propter, subter, circiter, praeter. Ce préfixe %%*%%amfer-, créé ad hoc, était retrouvé par von Planta, Buck et Benediktsson dans anfractus, découpé anfr-actus. Cette analyse, même intenable, avait un mérite : elle préservait l’élément actus, dont l’importance est primordiale pour le sens du mot. C’est probablement pour cette raison sémantique que Ernout-Meillet conserve l’analyse anfr-actus, bien que ce ne soit pas dit explicitement. Revenons à amfret. Ce verbe s’applique à des murs qui entourent un sanctuaire, dans le cippe d’Abella :
  
  
-19-20 : //púst feíhúís pús físnam amfret//.+Rix Cm 1 p. 114-115 \\ 5-6 :  //ehtrad feíhúss pús herekleís fíísnam amfret//. \\ « Hors des murs qui entourent le sanctuaire d’Hercule. »
  
  
-« Au-delà des murs qui entourent le sanctuaire. »+19-20 : //púst feíhúís pús físnam amfret//. \\ « Au-delà des murs qui entourent le sanctuaire. »
  
  
-C’est pourquoi il nous semble peu probable que //amfret//  appartienne à un verbe « porter autour ». En revanche, il serait plausible que //amfret//  contienne le verbe « aller », ce qui le rendrait comparable à //ambire//  et //circumire//  ((On distinguera  amfret de la série  amprehtu, aprehtu (imp.),  amprefuus « ambieris » (2 e sg fut. perf.),  ambrefurent « ambierint » (3 e pl. fut. perf.). Ce sont des formes verbales doublement préverbées, comme le montre Untermann 2000 p. 210 :  ampretu < %%*%%am-prai-ei-tod « um etwas herum vorangehen ». Admettre que, entre  m et et  r b  issu de  %%*%%b h serait repassé à l’occlusion, comme le fait encore Meiser 1986, est difficile, car on ne sait plus que faire de  amfret , sauf à poser arbitrairement un écart chronologique peu vraisemblable entrre les différentes formes d’un même paradigme.)). En somme, le verbe osque signifiant « être autour », bien qu’on ne puisse en suivre l’histoire faute de documents, aurait connu un développement parallèle à //ambire//  et //circumire//. Quant à l’élément initial de //‑fr-et//, ce pourrait bien être le même que dans //-fr-actus//, c’est-à-dire la racine //%%*%%b<sup>h</sup>er-// réduite à ses consonnes, comme dans //anfractus//. On sauverait du même coup une partie de la vieille interprétation par le verbe « aller ». Des arguments sémantiques sont susceptibles d’étayer cette thèse. Pour le sens, //amfret//  est un verbe statique, essif : « être autour ». Malgré Untermann 2000 p. 278, //amferom//  et //circumdare//  n’ont pas du tout le même sens ; //circumdare//  signifie « mettre autour », ce n’est pas un essif, c’est un actif transitif. Le latin ne possède pas de verbe « être autour ». Toutefois, en latin, il y a des emplois statiques de //ambire //  et//circu(m)ire//, qui sont fondamentalement des verbes de mouvement (à la différence de //circumdare//). On voit bien comment s’est mis en place l’emploi statique : lorsque c’est un cours d’eau qui entoure une ville, une contrée, même si ce cours d’eau (qui, chez les Anciens, peut être l’Océan) ne quitte pas son lit, il n’en est pas moins en mouvement, ce qui justifie qu’on lui applique le verbe //ire//  ((Cf. ce que nous avons dit plus haut à propos du  cours d’un fleuve en français.)), en l’occurrence à travers les préverbés //ambire//  et //circuire//:+C’est pourquoi il nous semble peu probable que //amfret//  appartienne à un verbe « porter autour ». En revanche, il serait plausible que //amfret//  contienne le verbe « aller », ce qui le rendrait comparable à //ambire//  et //circumire//  ((On distinguera  amfret de la série  amprehtu, aprehtu (imp.),  amprefuus « ambieris » (2<sup>e</sup> sg fut. perf.),  ambrefurent « ambierint » (3<sup>e</sup> pl. fut. perf.). Ce sont des formes verbales doublement préverbées, comme le montre Untermann 2000 p. 210 :  ampretu < %%*%%am-prai-ei-tod « um etwas herum vorangehen ». Admettre que, entre  m et et  r b  issu de  %%*%%b h serait repassé à l’occlusion, comme le fait encore Meiser 1986, est difficile, car on ne sait plus que faire de  amfret , sauf à poser arbitrairement un écart chronologique peu vraisemblable entrre les différentes formes d’un même paradigme.)). En somme, le verbe osque signifiant « être autour », bien qu’on ne puisse en suivre l’histoire faute de documents, aurait connu un développement parallèle à //ambire//  et //circumire//. Quant à l’élément initial de //‑fr-et//, ce pourrait bien être le même que dans //-fr-actus//, c’est-à-dire la racine //%%*%%b<sup>h</sup>er-// réduite à ses consonnes, comme dans //anfractus//. On sauverait du même coup une partie de la vieille interprétation par le verbe « aller ». Des arguments sémantiques sont susceptibles d’étayer cette thèse. Pour le sens, //amfret//  est un verbe statique, essif : « être autour ». Malgré Untermann 2000 p. 278, //amferom//  et //circumdare//  n’ont pas du tout le même sens ; //circumdare//  signifie « mettre autour », ce n’est pas un essif, c’est un actif transitif. Le latin ne possède pas de verbe « être autour ». Toutefois, en latin, il y a des emplois statiques de //ambire //  et//circu(m)ire//, qui sont fondamentalement des verbes de mouvement (à la différence de //circumdare//). On voit bien comment s’est mis en place l’emploi statique : lorsque c’est un cours d’eau qui entoure une ville, une contrée, même si ce cours d’eau (qui, chez les Anciens, peut être l’Océan) ne quitte pas son lit, il n’en est pas moins en mouvement, ce qui justifie qu’on lui applique le verbe //ire//  ((Cf. ce que nous avons dit plus haut à propos du  cours d’un fleuve en français.)), en l’occurrence à travers les préverbés //ambire//  et //circuire//: