allēgŏrĭa, -ae f

(substantif)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

Lat. allegoria ne semble pas être passé dans les langues romanes par la voie phonétique.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

Lat. allēgoria et/ou gr. ἀλληγορία furent empruntés dans les langues modernes avec des sens qui se rattachent généralement aux sens des langues anciennes, mais en diffèrent parfois.

Italien

Ainsi it. allegoria désigne-t-il un procédé stylistique qui permet la représentation d’idées et concepts à travers des figures et des symboles [DELI, s.u.]. Ce procédé permet d’exprimer un concept idéal, moral, religieux (sens métaphorique) en le cachant avec une image qui exprime quelque chose de tout à fait différent et autonome (sens littéral). Au Moyen-Âge, c’est la méthode la plus suivie pour interpréter non seulement les Écritures saintes, mais l’univers lui-même.

À côté de l’emploi technique de it. allegoria comme figure de style, il existe un emploi spécialisé dans le domaine artistique pour désigner une représentation picturale ou plastique ayant un sens symbolique (F. Algarotti 1.116, 1764) (DEI, GRADIT).

Dans le domaine religieux, it. allegoria dénote le récit d’un fait ou d’un épisode qui préfigure un événement de l’histoire et du Salut, en particulier au Moyen-Âge dans l’interprétation des Écritures saintes (GRADIT, TLIO).

Le mot est attesté pour la première fois dans l’œuvre de Dante :

« Sopra ciascuna canzone ragionerò prima la litterale sentenza, e appresso di quella ragionerò la sua allegoria, cioè la nascosa veritade » (Conv. II.I.15)
« Pour toutes ces raisons, je discuterai donc toujours, à propos de chaque chanson, son donné littéral d’abord, et ensuite son allégorie, c’est-à-dire la vérité qui s’y cache ».

A la même filière d’emprunts, du grec au latin et du latin aux langues romanes, appartiennent aussi l’adjectif it. allegorico, le nom it. allegorista et le verbe it. allegorizzare : les trois suffixes dérivationnels qu’ils contiennent, -ico, -ista et -izzare, se trouvent souvent liés aux mêmes bases lexicales.

L’adjectif it. allegorico est un emprunt de signifiant au latin allegoricus, qui est à son tour emprunté au grec ἀλληγορικός. Comme le nom allegoria, l’adjectif allegorico se trouve dans Le convive de Dante :

« Poiché la litterale sentenza è sufficientemente dimostrata, è da procedere a la esposizione allegorica e vera » (Conv. II.XII.1)
« maintenant que le sens littéral est suffisamment montré, il me faut exposer le sens allégorique et véritable ».

Le nom it. allegorista (calque de signifiant de lat. allegorista ; cf. §5.3) désigne celui qui interprète les Écritures en y recherchant des allégories ; le verbe it. allegorizzare a une double valeur :
1. « s’exprimer par allégories » ;
2. « interpréter un texte en y recherchant des allégories ».

Le verbe it. allegoreggiare « abuser d’allégories dans son expression » et le nom allegorismo « attitude consistant à interpréter les textes suivant la méthode d’y rechercher des allégories » sont des dérivés faits en italien de it. allegoria. Le GDLI atteste aussi le diminutif allegoriuzza (p.a. B. Croce 3.23.415).

Français

Le substantif français allégorie est un terme technique savant pour une figure de rhétorique où « l’on tient un discours sur des discours abstraits (intellectuels, moraux, psychologiques, sentimentaux, théoriques), en représentant ce thème mental par des termes qui désignent des réalités physiques ou animées » (Molinié : 1992, 42-43, s.v. allégorie) (cf. §6.1).

Selon Le Robert DHLF s.v., le mot signifie en français « discours métaphorique » et « se spécialise pour désigner une narration dont tous les éléments concrets organisent un contenu différent, souvent abstrait. En art il désigne une représentation concrète à contenu symbolique ».

L’adjectif fr. allégorique fonctionne comme l’adjectif relationnel d’allégorie. C’est un calque de signifiant de l’adjectif latin allēgoricus (Tertullien), lui-même calque de signifiant du grec ἀλληγορικός (cf. ci-dessus § 5.3.).

L’adverbe allégoriquement est un suffixé français de l’adjectif allégorique à l’aide du suffixe -ment.

Fr. allégoriser est généralement (cf. Le Robert DHLF) considéré comme un verbe dénominatif de date française avec le suffixe -iser (suffixe calqué sur lat. -izare, -issare, lui-même emprunté au grec). Mais il est plutôt un calque de signifiant de lat. allēgorizāre « employer l’allégorie » (Tertullien), fait sur le substantif lat. allēgoria avec le suffixe verbal -izāre, productif dans le vocabulaire spécifiquement chrétien, et lui-même emprunté au grec – ιζειν (cf. §5.3).

Le substantif fr. allégoriste est un calque de lat. allegorista « interprète des textes sacrés selon une symbolique » (terme technique chrétien) (pour les suffixes latins empruntés au grec : M. Fruyt 1987).

Les termes fr. allégorique, allégoriquement, allégoriser, allégoriste apparaissent en français à l’époque où l’on redécouvre la rhétorique antique (XVe-XVIe s. ; Le Robert DHLF).

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