allēgŏrĭa, -ae f

(substantif)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

De monosémique chez Cicéron et Quintilien (allegoria in uerbis), allegoria devient polysémique.

En synchronie, le terme allegoria a pu être ré-interprété comme la base de suffixation de termes comme l’adjectif allegoricus (calqué du grec ; depuis Tertullien), le verbe allegorizo (depuis Tertullien ; avec le suffixe latin –izare, qui transpose le suffixe verbal grec en -ιζειν), employés chez les auteurs chrétiens en raison de la nature nouvelle des commentaires exégétiques (allegoria in factis). Cela illustre le phénomène bien connu qui place la culture chrétienne dans la continuité de la culture classique, mais avec, bien sûr, son originalité propre.

Toutes les significations du mot relèvent du « parler autrement », qui fait dire une chose, mais en comprendre une autre, selon le sens étymologique qui est celui du terme source en grec. Il ne s’en suit pas que tous les mécanismes de transfert soient dénotés par allegoria. Sans vouloir chercher une unité forcée, il semble bien que ceux auxquels le nom s’applique aient pour point commun de s’opérer au niveau moins du mot que du texte.

Le français allégorie recouvre, quant à lui, une figure de rhétorique où « l’on tient un discours sur des discours abstraits (intellectuels, moraux, psychologiques, sentimentaux, théoriques), en représentant ce thème mental par des termes qui désignent des réalités physiques ou animées » (Molinié : 1992, 42-43, s.v. allégorie).

Cette allégorie moderne est bien décrite par l’auteur de l’Institution oratoire, Quintilien, mais il la dénomme fictio personnae, non allegoria.

6.2. Étymologie et origine

Lat. allēgoria est un emprunt de signifiant au grec ἀλληγορία par calque graphématique et pholologique. On le trouve écrit en alphabet grec et avec sa déclinaison grecque dans deux passages de Cicéron (Att. ; Or.), ce qui montre qu’il était bien perçu comme un terme savant grec par les auteurs de l’époque classique. Il semble s’intégrer peu à peu par la suite au vocabulaire latin : on le trouve translittéré en caractères latins et décliné selon la 1ère déclinaison latine chez Quintilien, mais encore avec l’accusatif grec (allegorian, cf. §2). En revanche, Augustin emploie l’accusatif latin, allegoriam.


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