ălĭca, -ae (f.)

(substantif)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

Le latin alica a donné par la voix phonétique (d’après EM ; M.L. 337 ; REW3 ; DCECH ; DELP3) :

- esp. álaga « espèce de blé » (attesté depuis le XVIIe siècle) ; la forme espagnole suppose un passage de áleca à *álaca par dilation en protoroman (selon DCECH) ;

- en portugais, on aurait, selon DELP3, les variantes por. alaca, alaga, attestées au XIXe siècle ; il pourrait s’agir de variantes régionales empruntées à l’espagnol ; por. alaga avec sonorisation de l’occlusive gutturale intervocalique pourrait être une forme héréditaire, bien que la forme attendue à partir du latin dût être alega;

- en italien, dans le dialecte de l’Aquila (Abruzzes), le substantif féminin àleca « blé » (Cortelazzo-Marcato, s.u. alica ; LEI, s.u. alica).

- en sicilien àlica (féminin collectif) dénote des pâtes dont la forme est étroite et allongée, comme dans la locution alika larga « lasagne » (REW3 ; Piccitto 1977, s.u.). La relation étymologique avec lat. alica n’est pas certaine, car il pourrait s’agir d’une continuation de lat. alga « algue ».

- en sarde, le substantif àlighe [‘aliγe] dénote une sorte de pain, et en sarde logoudorien àligu [‘aliγu] dénote une sorte de farine que l’on mélange avec du vin cuit pour faire des gâteaux.

Ces deux termes sardes peuvent provenir d’une variante morphologique de lat. alica qui serait au neutre alicum (selon le grammairien Charisius : cf. §2.2 supra). Mais cette étymologie est douteuse selon le DES, s.u.

Le lien diachronique est encore plus délicat à établir entre lat. alica et le terme du sarde central aríkru « farine grossière ». Selon le DES, ce dernier est le descendant de lat. farric(u)lum « petit gâteau de farine de froment », substantif attesté chez Palladius ; puisqu’il s’agit d’un diminutif en –culum, on attendrait pour lat. farric(u)lum une base lat. *farris non attestée en latin ; en latin même, on peut seulement rapprocher lat. farric(u)lum de lat. farreum « gâteau de farine de froment », attesté chez Pline l’Ancien. Ainsi, dans l’hypothèse du DES, lat. farric(u)lum aurait abouti en sarde à *farríkru > aríkru. Mais, selon le Dictionnaire de Cortelazzo-Marcato, le terme sarde serait plutôt issu d’une superposition des deux termes latins alica et farriculum, le premier ayant été remplacé par les descendants de lat. far et spelta dans la plupart des langues romanes (LEI s.u., DEI, s.u.).

7.1.2. Sémantique

Les sens du terme latin sont assez bien conservés dans les termes des langues romanes, puisqu’il s’agit de blé ou d’entités fabriquées à partir du blé et tournant autour de cette céréale.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

En espagnol, une variante cultivée est attestée dans esp. álica, selon le Diccionario de la Real Academia Española http://lema.rae.es/drae/?val=alaga, au sens de « crème ou bouillie de blé »1). Le terme savant conserve un lien avec la céréale qu’est le blé et les entités qui lui sont associées.

En portugais (selon HouaissGrande) on a une forme savante por. álica « espèce de blé, blé de qualité inférieure, épeautre » et « boisson fermentée, semblable à la bière, faite par les Romains dans l’Antiquité à partir de ce blé ».

En italien, les formes àlica, hàlica, alìca « épeautre » sont attestées à partir de la fin du XVIe siècle et jusqu’à la première moitié du XXe (LEI, s.u.). Aucune mention de ces mots n’est faite, toutefois, dans le DELI et le GDLI de S. Battaglia.

Lat. alica pourrait avoir un lien avec le grec ancien. Il a été émis l’hypothèse que gr. ἄλιξ soit un emprunt au latin (cf. supra §5.2). Mais l’hypothèse inverse fut également évoquée : le terme latin serait un emprunt au grec, comme le proposait déjà Isidore de Séville, suivi par certains linguistes modernes.



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1) cf. DCELC : Laguna (1555) et Huerta (1629) emploient la variante savante