ălĭca, -ae (f.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique et formation du mot en latin

Le substantif alica n’était probablement pas analysable en synchronie à l’intérieur du latin. Certains auteurs latins y voyaient un emprunt au grec (voir §5.2).

5.2. Réflexions métalinguistiques des auteurs latins

Pour les Latins, le substantif ălĭca est associé au verbe ălō, ălĕrĕ « nourrir », comme le dit Festus :

  • P.F. 7, 10 L. : Alica dicitur quod alit corpus.
    « La semoule (alica) est ainsi appelée parce qu’elle nourrit (alit) le corps. »

Cette interprétation étymologique montre que l’alica était conçue comme un aliment important pour l’homme et peut-être même comme l’aliment par excellence.

Selon Athénée (647d), un cuisinier du +Ier siècle ap. J.-C. emploie une entité appelée ἄλιξ au sens de angl. « groats of rice-wheat ». Certains auteurs latins voient dans le terme latin un emprunt au grec (Isid. Or. 17,3,9 : alica Graecum nomen est ) et ils sont suivis par certains linguistes (J. André ; P. Flobert, Le grand Gaffiot). D’autres linguistes, à l’inverse, estiment que le mot latin est emprunté au grec (selon A. Christol : voir 2e partie, Le latin des cuisiniers).

5.3. « Famille » synchronique du terme

Alica appartient au vocabulaire courant, mais aussi aux langues techniques de la cuisine et de la médecine. Un adjectif peu usité, archaïque, fut dérivé de ce substantif : (h)alicārius, -a, -um, littéralement « relatif au blé », que l’on trouve dans le Poenulus de Plaute. L’emploi de cet adjectif dès le début du -IIe siècle av. J.-C. est une preuve de l’existence ancienne et de l’usage courant du substantif alica en latin.

  • Pl. Poen. 266 : … pistorum amicas, reliquias alicarias.
    « … les amies des boulangers, les maîtresses délaissées des meuniers. »
  • Cf. P.F. 7,11-12 L. : Alicariae meretrices appellabantur in Campania solitae ante pistrina alicariorum uersari quaestus gratia.
    « En Campanie, on appelait alicariae les prostituées qui se tenaient habituellement devant les boutiques des meuniers pour gagner leur vie. »

Cet adjectif se trouve aussi chez Lucilius :

  • Lucil. 496 M =  533 W = 15,16 CUF Charpin: nemo est halicarius posterior te.
    « Il n’y a pas de meunier (broyeur de grains) inférieur à toi. »
    Autre interprétation : « personne n’est plus mangeur d’épeautre que toi » (traduction F. Charpin, CUF). De même : « No groats-eater comes second to you » (traduction E.H. Warmington, Loeb) .

Un substantif neutre, (h)alicastrum, i Nt., « espèce de blé relatif à l’épeautre », fut aussi dérivé sur alica, mais reste tout aussi rare que l’adjectif ci-dessus. Il semble être plus tardif, n’apparaissant que chez Columelle et Isidore de Séville :

  • Colum. 2, 6, 3 : semen trimestre quod dicitur halicastrum idque pondere et bonitate est praecipuum.
    « Le grain trimestre, qu’on appelle halicastrum et qui est supérieur par son poids et sa qualité. »
  • Colum. 2, 9, 8 : siligo et hordeum Galaticum et halicastrum.
    « le froment de première qualité, l’orge de Galatie et une sorte d’épeautre. »
  • Isid. Orig. 17, 3, 9 : alicastrum simile est alicae, pondere et bonitate praecipuum.
    « L’alicastrum est semblable à l’épeautre utilisé pour l’alica, supérieur en poids et en qualité. »

Dans ce dernier passage, Isidore de Séville semble employer alica comme nom de céréale, c’est-à-dire au sens d’« épeautre », et non dans le sens de « semoule », produit résultant du concassage des grains de blé.


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