ălĭca, -ae (f.)

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

3.0.1. Première occurrence dans les textes ou inscriptions

Le lexème alica est attesté pour la première fois au -IIe siècle av. J.-C., dans le De agricultura de Caton, qui l’emploie à 4 reprises. Dans le passage suivant, Caton distingue farina « farine » (ici « farine de blé ») d’alica « semoule », ces deux produits entrant dans la fabrication de la placenta.

  • Caton Agr. 76,1 : Placentam sic facito : farinae siligineae L.II, unde solum facias ; in tracta farinae L.IIII et alicae primae L.II. Alicam in aqua infundito : ubi bene mollis erit, in mortarium purum indito.
    « Faites ainsi la placenta : deux livres de farine de blé siligo, pour faire l’abaisse ; pour les feuilles de pâte, quatre livres de farine et deux livres de semoule fine. Versez la semoule dans de l’eau ; quand la consistance est bien molle, mettez dans un mortier propre. » (traduction R. Goujard, CUF, Paris, 1975)

L’alica sert aussi à fabriquer des boules de fromage que l’on fait frire dans un chaudron en cuivre avec de la graisse. Elle se mélange au fromage dans un premier temps :

  • Caton Agr. 79 : Globos sic facito : caseum cum alica ad eundem modum misceto.
    « Faites ainsi les boules : mélangez de la même façon fromage et semoule. » (traduction R. Goujard, CUF, Paris, 1975)

L’alica entre également dans la composition de la « bouillie punique », où elle est cuite avec du fromage frais, du miel et un œuf :

  • Caton Agr. 85 : Pultem punicam sic coquito : libram alicae in aquam indito, facito uti bene madeat ; id infundito in alueum purum ; eo casei recentis p. III, mellis p. s, ouum unum ; omnia una bene permisceto, ita insipito in aulam nouam.
    « Cuisez ainsi la bouillie punique : mettez une livre de semoule dans de l’eau ; faites qu’elle s’imbibe bien ; versez dans un auget propre, ajoutez-y trois livres de fromage frais, une demi-livre de miel et un œuf ; mélangez bien ensemble le tout, et jetez dans une marmite neuve. » (traduction R. Goujard, CUF, Paris, 1975)

3.0.2. Fréquence d'emploi

Alica est un lexème de fréquence moyenne, qui se retrouve de manière sporadique à travers les siècles. Le terme devait être usuel dans la vie de tous les jours, puisque l’entité dénotée était elle même d’usage courant, mais comme il appartenait au vocabulaire de l’alimentation, de la cuisine et des cuisiniers, donc à un lexique technique, il est assez peu représenté dans les textes latins qui nous sont parvenus.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

L’absence de pluriel se comprend pour un nom de matière, de sens massif non-comptable et pourvu d’un sème de collectif, ce qui exclut l’expression d’un pluriel adapté à des unités individualisées.

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Nombre d’occurrences Fréquence relative ( pour 1 000 000 mots)
-IIIe-IIe siècle av. J.-C. 4 15
-Ier siècle av. J.-C. 0 0
+Ier siècle ap. J.-C. 36 13
+IIe siècle ap. J.-C. 0 0
+IIIe siècle ap. J.-C. 0 0
+IVe siècle ap. J.-C. 1 0,2
+Ve siècle ap. J.-C. 19 2
Total 60 2

Nous avons inclus dans ce relevé les 17 occurrences du lexème dans le recueil de recettes publié sous le nom d’Apicius, de date incertaine, mais probablement du +Ve siècle ap. J.-C.

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Le lexème alica est attesté surtout en prose, mis à part 5 occurrences dans les épigrammes de Martial.

Alica, désignant un élément de la nourriture de base des êtres humains (cf. Festus en §2.3), doit appartenir au vocabulaire courant. Mais comme il relève du vocabulaire technique de la cuisine et, dans une moindre mesure, de la médecine, il n’a pas une haute fréquence dans les textes latins qui nous sont parvenus. Sa dénotation l’exclut de certains textes littéraires de haut niveau de langue et de certains genres littéraires.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

La documentation dont nous disposons nous montre un emploi très restreint et spécialisé du lexème. Alica ne se trouve ni chez les comiques, ni chez aucun des auteurs classiques (notamment Cicéron, César, Virgile). Il est employé en majeure partie dans des traités techniques spécialisés dans l’agriculture (Caton, De agricultura), la médecine (Celse), la cuisine (Apicius) et dans l’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien.

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Plaute
0

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Térence Caton (Agr.)
0 4

• Période III. Cicéron : la fin de la République

Cicéron César Varron Salluste Lucrèce Catulle
0 0 0 0 0 0

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Tite-Live Ovide Virgile Vitruve Horace
0 0 0 0 0

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Sénèque Lucain Pline l’Ancien Columelle Celse Pétrone
0 0 21 0 12 0

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Martial
5

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Aulu-Gelle Apulée Suétone
0 0 0

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Cyprien
1

• Période IX. du milieu du IVe s. au début du Ve, l’Empire après Constantin jusqu’à Honorius (337-423)

Augustin Apicius
1 17



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